Michel

La baie du Mont-Saint-Michel

Le 19/04/2026 0

Chronique d’un saccage

 

La baie du Mont-Saint-Michel, en ces jours de grandes marées, n’a plus rien du sanctuaire silencieux où l’homme et la mer se rencontraient autrefois dans un respect presque sacré.
Dès que l’estran se découvre, le paysage bascule : ce n’est plus une partie de pêche, mais une sorte de défilé militaire du 14 juillet, une marée humaine compacte, bruyante, déterminée, qui déferle sur le sable avec une agressivité méthodique et une absence totale de poésie.

Sur les gisements, les corps s’entassent comme des boîtes de conserve.
On ne cherche plus le coquillage : on se bat pour un centimètre carré de vase.
Dans cette promiscuité suffocante, le voisin n’est plus un compagnon de loisir, mais un adversaire.
On s’épie, on se bouscule, on se vole presque le fruit du travail sous le nez.
La courtoisie a disparu dès le premier coefficient.

Le spectacle tient du massacre organisé.
Les règles, pourtant vitales pour la survie de la baie, sont piétinées avec un mépris glacial.
Les réglettes de mesure restent dans les poches : on ratisse, on arrache, on emporte tout, même les coquillages trop jeunes pour être consommés.
Et en prélevant les plus petits, mais aussi les plus grands — ceux qui sont les plus reproducteurs — on anéantit la capacité de la baie à se régénérer.
Chaque seau plein est une promesse de stérilité future : la reproduction s’efface, le cycle se brise, le coquillage s’éteint.

Les pierres sont retournées puis abandonnées, laissant derrière cette armée de grattage un terrain dévasté.
Ce n’est plus de la récolte.
C’est un pillage.
Un pillage à ciel ouvert, une frénésie de consommation qui souille la beauté sauvage de la baie et trahit l’esprit même du lieu.

Copilot 20260419 110805

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