8. Ce que la mer dit à son frère de tempête
Je te vois, frère.
Pas comme on voit un homme sur la grève,
mais comme on voit un reflet de soi
dans une vague qui se brise.
Tu marches avec la même rage que moi,
la même fatigue,
la même obstination à revenir
même quand tout en toi voudrait s’arrêter.
Je suis la mer.
Je reconnais mes semblables
à la façon dont ils portent leurs tempêtes.
Tu n’as pas besoin de parler.
Je lis dans ton souffle
les nuits où tu as tenu seul,
dans ton regard
les orages que tu n’as jamais avoués,
dans tes mains
les vies que tu as soutenues
sans jamais demander qu’on soutienne la tienne.
Tu crois que tu viens me voir pour te calmer.
Mais non.
Tu viens parce que tu sais
que je suis la seule à comprendre
ce que c’est que de frapper,
de revenir,
de frapper encore,
sans jamais renoncer.
Tu es mon frère de tempête.
Pas parce que tu es fort.
Parce que tu refuses de disparaître.
Je t’ai vu tomber
comme une vague qui se brise trop tôt.
Je t’ai vu te relever
comme une marée qui refuse de mourir.
Je t’ai vu protéger
comme un vent qui se dresse contre la nuit.
Et j’ai su.
J’ai su que tu étais de ma famille.
Un homme de sel,
un homme de vent,
un homme qui porte la mer dans les os
sans jamais l’avoir demandée.
Alors je te parle sans détour :
Quand ta tempête te dévore,
je te retiens.
Quand ton souffle se brise,
je te porte.
Quand tu crois couler,
je te ramène.
Je suis la mer.
Je ne laisse pas tomber les miens.
Et toi, Michel,
tu es un de mes frères.
Un frère de nuit,
un frère de vent,
un frère de tempête.
Et tant que mes vagues se lèvent,
tu ne seras jamais seul.
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