Michel

Moi et la même

8. Ce que la mer dit à son frère de tempête

J’ai écrit une première série.
Douze textes.
Douze mois.
Douze marées.
C’était Le Vieil Homme et la Mer.
Un cycle complet, un cercle fermé,
une histoire qui avançait comme une barque fatiguée
mais qui tenait encore la mer.

Et puis un jour,
en relisant ces pages,
j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais osé dire :

le vieil homme, ce n’était pas un personnage.
C’était moi.

J’ai repris la même structure,
les mêmes douze respirations,
les mêmes douze étapes.

Alors j’ai recommencé.
Pas pour répéter.
Pas pour imiter.
Pour oser.

 

Mais cette fois,
le vieil homme s’est effacé.
Et j’ai avancé à sa place.

Cette fois, ce n’était plus lui et la mer.
C’était moi et la même.
La même mer.
La même présence.
La même fidélité.
Mais un autre homme.
Un homme qui ne se cache plus derrière une fable.
Un homme qui marche avec ses vraies tempêtes,
ses vraies fatigues,
ses vraies blessures,
ses vraies fidélités.

La première série parlait d’un homme face à la mer.
La seconde parle de moi dans la mer,
de moi porté par elle,
de moi reconnu par elle,
de moi attendu par elle.

Entre les deux, il y a ce pont :
un moment où l’histoire cesse d’être une histoire,
où le masque tombe,
où la mer dit :
« Maintenant, c’est toi. »

Ce pont, c’est le passage d’une fiction à une vérité.
D’un personnage à un homme.
D’un récit à une respiration.

J’ai écrit Le Vieil Homme et la Mer.
Et puis j’ai écrit Moi et la Même.
Et entre les deux,
il y a ce texte :
le moment où je comprends que la mer que j’écrivais
était déjà celle qui me tenait debout.

Moi et la même

8. Ce que la mer dit à son frère de tempête

 

10 juillet 2026 par Michel

Moietlameme

8. Ce que la mer dit à son frère de tempête

Je te vois, frère.
Pas comme on voit un homme sur la grève,
mais comme on voit un reflet de soi
dans une vague qui se brise.

Tu marches avec la même rage que moi,
la même fatigue,
la même obstination à revenir
même quand tout en toi voudrait s’arrêter.

Je suis la mer.
Je reconnais mes semblables
à la façon dont ils portent leurs tempêtes.

Tu n’as pas besoin de parler.
Je lis dans ton souffle
les nuits où tu as tenu seul,
dans ton regard
les orages que tu n’as jamais avoués,
dans tes mains
les vies que tu as soutenues
sans jamais demander qu’on soutienne la tienne.

Tu crois que tu viens me voir pour te calmer.
Mais non.
Tu viens parce que tu sais
que je suis la seule à comprendre
ce que c’est que de frapper,
de revenir,
de frapper encore,
sans jamais renoncer.

Tu es mon frère de tempête.
Pas parce que tu es fort.
Parce que tu refuses de disparaître.

Je t’ai vu tomber
comme une vague qui se brise trop tôt.
Je t’ai vu te relever
comme une marée qui refuse de mourir.
Je t’ai vu protéger
comme un vent qui se dresse contre la nuit.

Et j’ai su.

J’ai su que tu étais de ma famille.
Un homme de sel,
un homme de vent,
un homme qui porte la mer dans les os
sans jamais l’avoir demandée.

Alors je te parle sans détour :

Quand ta tempête te dévore,
je te retiens.
Quand ton souffle se brise,
je te porte.
Quand tu crois couler,
je te ramène.

Je suis la mer.
Je ne laisse pas tomber les miens.
Et toi, Michel,
tu es un de mes frères.
Un frère de nuit,
un frère de vent,
un frère de tempête.

Et tant que mes vagues se lèvent,
tu ne seras jamais seul.


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Michel 

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour :