Michel

Moi et la même

3. Ce que la mer te dit quand tu crois tomber

J’ai écrit une première série.
Douze textes.
Douze mois.
Douze marées.
C’était Le Vieil Homme et la Mer.
Un cycle complet, un cercle fermé,
une histoire qui avançait comme une barque fatiguée
mais qui tenait encore la mer.

Et puis un jour,
en relisant ces pages,
j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais osé dire :

le vieil homme, ce n’était pas un personnage.
C’était moi.

J’ai repris la même structure,
les mêmes douze respirations,
les mêmes douze étapes.

Alors j’ai recommencé.
Pas pour répéter.
Pas pour imiter.
Pour oser.

 

Mais cette fois,
le vieil homme s’est effacé.
Et j’ai avancé à sa place.

Cette fois, ce n’était plus lui et la mer.
C’était moi et la même.
La même mer.
La même présence.
La même fidélité.
Mais un autre homme.
Un homme qui ne se cache plus derrière une fable.
Un homme qui marche avec ses vraies tempêtes,
ses vraies fatigues,
ses vraies blessures,
ses vraies fidélités.

La première série parlait d’un homme face à la mer.
La seconde parle de moi dans la mer,
de moi porté par elle,
de moi reconnu par elle,
de moi attendu par elle.

Entre les deux, il y a ce pont :
un moment où l’histoire cesse d’être une histoire,
où le masque tombe,
où la mer dit :
« Maintenant, c’est toi. »

Ce pont, c’est le passage d’une fiction à une vérité.
D’un personnage à un homme.
D’un récit à une respiration.

J’ai écrit Le Vieil Homme et la Mer.
Et puis j’ai écrit Moi et la Même.
Et entre les deux,
il y a ce texte :
le moment où je comprends que la mer que j’écrivais
était déjà celle qui me tenait debout.

Moi et la même

3. Ce que la mer te dit quand tu crois tomber

 

10 juillet 2026 par Michel

Moietlameme

3. Ce que la mer te dit quand tu crois tomber

Je te vois, toi.
Toi qui marches sur ma grève comme un homme qui porte trop,
comme un homme qui ne dit pas tout,
comme un homme qui serre les dents pour ne pas déranger le monde.

Je te vois, et je ne te laisserai pas tomber.

Tu crois que je suis vaste, indifférente,
que mes vagues ne savent rien des hommes.
Tu te trompes.
Je connais le poids des épaules qui ne demandent rien,
le silence de ceux qui protègent trop,
la fatigue de ceux qui tiennent pour deux.

Je t’ai vu venir les jours où tu n’en pouvais plus,
où tu aurais voulu disparaître dans le vent,
où tu aurais voulu que quelqu’un dise :
« Repose-toi, je veille. »

Alors je t’ai parlé.
Pas avec des mots.
Avec mes marées.
Avec mes souffles.
Avec mes vagues qui reviennent toujours,
même quand elles se brisent.

Je t’ai dit :
« Regarde-moi. Je tombe mille fois par jour.
Et pourtant je reviens.
Et toi aussi, tu reviendras. »

Je t’ai vu lutter contre moi,
contre la vie,
contre toi-même.
Et chaque fois, tu as tenu.
Pas par force.
Par fidélité.
Par amour.
Par cette obstination douce
qui fait de toi un homme que je refuse de perdre.

Tu crois que tu es seul.
Mais je suis là.
Je suis la mer.
Je suis la mémoire de tout ce qui tombe et se relève.
Je suis la preuve que rien ne disparaît vraiment,
que tout revient,
que tout recommence.

Et je te le dis,
toi qui doutes,
toi qui portes,
toi qui tiens debout même quand tu trembles :

Je ne te laisserai pas tomber.
Pas tant que tu viendras me parler.
Pas tant que tu poseras tes pas sur ma rive.
Pas tant que tu croiras encore,
ne serait-ce qu’un peu,
à la lumière qui t’habite.

Tu n’es pas fait pour couler.
Tu es fait pour revenir.
Comme moi.


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Michel 

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour : 10/07/2026