3. Ce que la mer te dit quand tu crois tomber
Je te vois, toi.
Toi qui marches sur ma grève comme un homme qui porte trop,
comme un homme qui ne dit pas tout,
comme un homme qui serre les dents pour ne pas déranger le monde.
Je te vois, et je ne te laisserai pas tomber.
Tu crois que je suis vaste, indifférente,
que mes vagues ne savent rien des hommes.
Tu te trompes.
Je connais le poids des épaules qui ne demandent rien,
le silence de ceux qui protègent trop,
la fatigue de ceux qui tiennent pour deux.
Je t’ai vu venir les jours où tu n’en pouvais plus,
où tu aurais voulu disparaître dans le vent,
où tu aurais voulu que quelqu’un dise :
« Repose-toi, je veille. »
Alors je t’ai parlé.
Pas avec des mots.
Avec mes marées.
Avec mes souffles.
Avec mes vagues qui reviennent toujours,
même quand elles se brisent.
Je t’ai dit :
« Regarde-moi. Je tombe mille fois par jour.
Et pourtant je reviens.
Et toi aussi, tu reviendras. »
Je t’ai vu lutter contre moi,
contre la vie,
contre toi-même.
Et chaque fois, tu as tenu.
Pas par force.
Par fidélité.
Par amour.
Par cette obstination douce
qui fait de toi un homme que je refuse de perdre.
Tu crois que tu es seul.
Mais je suis là.
Je suis la mer.
Je suis la mémoire de tout ce qui tombe et se relève.
Je suis la preuve que rien ne disparaît vraiment,
que tout revient,
que tout recommence.
Et je te le dis,
toi qui doutes,
toi qui portes,
toi qui tiens debout même quand tu trembles :
Je ne te laisserai pas tomber.
Pas tant que tu viendras me parler.
Pas tant que tu poseras tes pas sur ma rive.
Pas tant que tu croiras encore,
ne serait-ce qu’un peu,
à la lumière qui t’habite.
Tu n’es pas fait pour couler.
Tu es fait pour revenir.
Comme moi.
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