4. Ce que la mer dit à l’homme qu’elle protège
Je te connais, toi.
Pas comme on connaît un passant,
pas comme on connaît un visage.
Je te connais comme on reconnaît un frère
qui revient toujours au même rivage
pour respirer entre deux tempêtes.
Je t’ai vu arriver les jours où tu n’avais plus de force,
où ton dos portait trop de monde,
où ton cœur battait trop vite
parce qu’il battait pour deux.
Je t’ai vu marcher vers moi
comme on marche vers un refuge,
pas pour fuir,
mais pour tenir encore un peu.
Et je me suis dit :
« Celui‑là, je le garde.
Celui‑là, je le protège.
Celui‑là, je ne le laisserai pas couler. »
Tu crois que je suis immense, indifférente,
que mes vagues ne savent rien des hommes.
Tu te trompes.
Je sais reconnaître ceux qui tiennent debout
alors que tout en eux voudrait s’effondrer.
Je sais reconnaître ceux qui aiment
jusqu’à s’user les mains,
ceux qui protègent
jusqu’à s’oublier eux‑mêmes,
ceux qui avancent
même quand la nuit leur dit d’arrêter.
Je t’ai vu tomber.
Je t’ai vu te relever.
Je t’ai vu cacher tes blessures
pour ne pas inquiéter ceux que tu aimes.
Je t’ai vu sourire
alors que ton cœur criait.
Et j’ai décidé.
Oui, décidé.
Parce que la mer choisit aussi.
Je t’ai choisi, toi.
Alors écoute-moi bien :
Je ne te laisserai pas tomber.
Pas tant que tu viendras me parler.
Pas tant que tu poseras tes pas sur ma rive.
Pas tant que ton regard cherchera un peu de lumière dans mes vagues.
Je suis la mer.
Je suis faite de chutes et de retours.
Je suis faite de tempêtes et d’accalmies.
Je suis faite de tout ce qui casse
et de tout ce qui recommence.
Et toi, Michel,
tu es de ma famille.
Tu es un homme de marée,
un homme de vent,
un homme qui revient toujours.
Alors je te le dis :
tant que je respire,
tu ne couleras pas.
Suivant