Michel

Moi et la même

 4. Ce que la mer dit à l’homme qu’elle protège

J’ai écrit une première série.
Douze textes.
Douze mois.
Douze marées.
C’était Le Vieil Homme et la Mer.
Un cycle complet, un cercle fermé,
une histoire qui avançait comme une barque fatiguée
mais qui tenait encore la mer.

Et puis un jour,
en relisant ces pages,
j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais osé dire :

le vieil homme, ce n’était pas un personnage.
C’était moi.

J’ai repris la même structure,
les mêmes douze respirations,
les mêmes douze étapes.

Alors j’ai recommencé.
Pas pour répéter.
Pas pour imiter.
Pour oser.

 

Mais cette fois,
le vieil homme s’est effacé.
Et j’ai avancé à sa place.

Cette fois, ce n’était plus lui et la mer.
C’était moi et la même.
La même mer.
La même présence.
La même fidélité.
Mais un autre homme.
Un homme qui ne se cache plus derrière une fable.
Un homme qui marche avec ses vraies tempêtes,
ses vraies fatigues,
ses vraies blessures,
ses vraies fidélités.

La première série parlait d’un homme face à la mer.
La seconde parle de moi dans la mer,
de moi porté par elle,
de moi reconnu par elle,
de moi attendu par elle.

Entre les deux, il y a ce pont :
un moment où l’histoire cesse d’être une histoire,
où le masque tombe,
où la mer dit :
« Maintenant, c’est toi. »

Ce pont, c’est le passage d’une fiction à une vérité.
D’un personnage à un homme.
D’un récit à une respiration.

J’ai écrit Le Vieil Homme et la Mer.
Et puis j’ai écrit Moi et la Même.
Et entre les deux,
il y a ce texte :
le moment où je comprends que la mer que j’écrivais
était déjà celle qui me tenait debout.

Moi et la même

 4. Ce que la mer dit à l’homme qu’elle protège

 

10 juillet 2026 par Michel

Moietlameme

 4. Ce que la mer dit à l’homme qu’elle protège

Je te connais, toi.
Pas comme on connaît un passant,
pas comme on connaît un visage.
Je te connais comme on reconnaît un frère
qui revient toujours au même rivage
pour respirer entre deux tempêtes.

Je t’ai vu arriver les jours où tu n’avais plus de force,
où ton dos portait trop de monde,
où ton cœur battait trop vite
parce qu’il battait pour deux.

Je t’ai vu marcher vers moi
comme on marche vers un refuge,
pas pour fuir,
mais pour tenir encore un peu.

Et je me suis dit :
« Celui‑là, je le garde.
Celui‑là, je le protège.
Celui‑là, je ne le laisserai pas couler. »

Tu crois que je suis immense, indifférente,
que mes vagues ne savent rien des hommes.
Tu te trompes.
Je sais reconnaître ceux qui tiennent debout
alors que tout en eux voudrait s’effondrer.

Je sais reconnaître ceux qui aiment
jusqu’à s’user les mains,
ceux qui protègent
jusqu’à s’oublier eux‑mêmes,
ceux qui avancent
même quand la nuit leur dit d’arrêter.

Je t’ai vu tomber.
Je t’ai vu te relever.
Je t’ai vu cacher tes blessures
pour ne pas inquiéter ceux que tu aimes.
Je t’ai vu sourire
alors que ton cœur criait.

Et j’ai décidé.
Oui, décidé.
Parce que la mer choisit aussi.

Je t’ai choisi, toi.

Alors écoute-moi bien :

Je ne te laisserai pas tomber.
Pas tant que tu viendras me parler.
Pas tant que tu poseras tes pas sur ma rive.
Pas tant que ton regard cherchera un peu de lumière dans mes vagues.

Je suis la mer.
Je suis faite de chutes et de retours.
Je suis faite de tempêtes et d’accalmies.
Je suis faite de tout ce qui casse
et de tout ce qui recommence.

Et toi, Michel,
tu es de ma famille.
Tu es un homme de marée,
un homme de vent,
un homme qui revient toujours.

Alors je te le dis :
tant que je respire,
tu ne couleras pas.


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Michel 

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour :