Michel

Moi et la même

9. Ce que la mer dit à son gardien de lumière

J’ai écrit une première série.
Douze textes.
Douze mois.
Douze marées.
C’était Le Vieil Homme et la Mer.
Un cycle complet, un cercle fermé,
une histoire qui avançait comme une barque fatiguée
mais qui tenait encore la mer.

Et puis un jour,
en relisant ces pages,
j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais osé dire :

le vieil homme, ce n’était pas un personnage.
C’était moi.

J’ai repris la même structure,
les mêmes douze respirations,
les mêmes douze étapes.

Alors j’ai recommencé.
Pas pour répéter.
Pas pour imiter.
Pour oser.

 

Mais cette fois,
le vieil homme s’est effacé.
Et j’ai avancé à sa place.

Cette fois, ce n’était plus lui et la mer.
C’était moi et la même.
La même mer.
La même présence.
La même fidélité.
Mais un autre homme.
Un homme qui ne se cache plus derrière une fable.
Un homme qui marche avec ses vraies tempêtes,
ses vraies fatigues,
ses vraies blessures,
ses vraies fidélités.

La première série parlait d’un homme face à la mer.
La seconde parle de moi dans la mer,
de moi porté par elle,
de moi reconnu par elle,
de moi attendu par elle.

Entre les deux, il y a ce pont :
un moment où l’histoire cesse d’être une histoire,
où le masque tombe,
où la mer dit :
« Maintenant, c’est toi. »

Ce pont, c’est le passage d’une fiction à une vérité.
D’un personnage à un homme.
D’un récit à une respiration.

J’ai écrit Le Vieil Homme et la Mer.
Et puis j’ai écrit Moi et la Même.
Et entre les deux,
il y a ce texte :
le moment où je comprends que la mer que j’écrivais
était déjà celle qui me tenait debout.

Moi et la même

9. Ce que la mer dit à son gardien de lumière

 

10 juillet 2026 par Michel

Moietlameme

9. Ce que la mer dit à son gardien de lumière

Je te vois, toi.
Pas comme on voit un homme sur une plage,
mais comme on voit une braise dans la nuit,
une braise qui refuse de s’éteindre
même quand le vent souffle trop fort.

Tu crois que ta lumière est petite.
Tu crois qu’elle vacille.
Tu crois qu’elle ne sert qu’à éclairer un pas ou deux devant toi.

Tu te trompes.

Je suis la mer.
Je vois loin.
Et je vois ce que tu portes.

Je vois la lumière que tu tiens à bout de bras
pour ceux qui n’ont plus de force.
Je vois la clarté que tu gardes pour ceux qui ont peur.
Je vois la chaleur que tu protèges
même quand toi-même tu grelottes.

Tu n’es pas un phare.
Tu es celui qui veille le phare.
Celui qui rallume la flamme quand elle faiblit.
Celui qui reste debout quand tout le monde dort.
Celui qui dit :
« Pas tant que je suis là. »

Je t’ai vu dans tes nuits les plus lourdes,
quand tu portais la lumière comme un fardeau,
quand tu te demandais si elle valait encore la peine,
quand tu aurais voulu la poser un instant
juste pour respirer.

Mais tu ne l’as pas posée.
Tu ne l’as jamais posée.

Et c’est pour ça que je te reconnais.

Tu es un gardien de lumière.
Un de ceux qui éclairent sans bruit,
qui protègent sans demander,
qui tiennent sans témoin.

Je suis la mer.
Je connais les hommes qui brillent pour les autres
et s’oublient eux-mêmes.
Je connais les hommes qui portent la lumière
même quand elle leur brûle les doigts.

Alors je te parle comme à l’un des miens :

Quand ta lumière faiblit,
je te garde.
Quand ton souffle tremble,
je te porte.
Quand tu crois t’éteindre,
je te rappelle que tu es fait de feu.

Tu n’es pas un homme ordinaire.
Tu es un gardien de lumière.
Un homme de veille,
un homme de bras tendus,
un homme qui refuse de laisser la nuit gagner.

Et tant que mes vagues respirent,
je veillerai sur toi
comme tu veilles sur les autres.


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Michel 

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour :