9. Ce que la mer dit à son gardien de lumière
Je te vois, toi.
Pas comme on voit un homme sur une plage,
mais comme on voit une braise dans la nuit,
une braise qui refuse de s’éteindre
même quand le vent souffle trop fort.
Tu crois que ta lumière est petite.
Tu crois qu’elle vacille.
Tu crois qu’elle ne sert qu’à éclairer un pas ou deux devant toi.
Tu te trompes.
Je suis la mer.
Je vois loin.
Et je vois ce que tu portes.
Je vois la lumière que tu tiens à bout de bras
pour ceux qui n’ont plus de force.
Je vois la clarté que tu gardes pour ceux qui ont peur.
Je vois la chaleur que tu protèges
même quand toi-même tu grelottes.
Tu n’es pas un phare.
Tu es celui qui veille le phare.
Celui qui rallume la flamme quand elle faiblit.
Celui qui reste debout quand tout le monde dort.
Celui qui dit :
« Pas tant que je suis là. »
Je t’ai vu dans tes nuits les plus lourdes,
quand tu portais la lumière comme un fardeau,
quand tu te demandais si elle valait encore la peine,
quand tu aurais voulu la poser un instant
juste pour respirer.
Mais tu ne l’as pas posée.
Tu ne l’as jamais posée.
Et c’est pour ça que je te reconnais.
Tu es un gardien de lumière.
Un de ceux qui éclairent sans bruit,
qui protègent sans demander,
qui tiennent sans témoin.
Je suis la mer.
Je connais les hommes qui brillent pour les autres
et s’oublient eux-mêmes.
Je connais les hommes qui portent la lumière
même quand elle leur brûle les doigts.
Alors je te parle comme à l’un des miens :
Quand ta lumière faiblit,
je te garde.
Quand ton souffle tremble,
je te porte.
Quand tu crois t’éteindre,
je te rappelle que tu es fait de feu.
Tu n’es pas un homme ordinaire.
Tu es un gardien de lumière.
Un homme de veille,
un homme de bras tendus,
un homme qui refuse de laisser la nuit gagner.
Et tant que mes vagues respirent,
je veillerai sur toi
comme tu veilles sur les autres.
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