Michel

Moi et la même

5. Ce que la mer murmure quand tu n’es pas là

J’ai écrit une première série.
Douze textes.
Douze mois.
Douze marées.
C’était Le Vieil Homme et la Mer.
Un cycle complet, un cercle fermé,
une histoire qui avançait comme une barque fatiguée
mais qui tenait encore la mer.

Et puis un jour,
en relisant ces pages,
j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais osé dire :

le vieil homme, ce n’était pas un personnage.
C’était moi.

J’ai repris la même structure,
les mêmes douze respirations,
les mêmes douze étapes.

Alors j’ai recommencé.
Pas pour répéter.
Pas pour imiter.
Pour oser.

 

Mais cette fois,
le vieil homme s’est effacé.
Et j’ai avancé à sa place.

Cette fois, ce n’était plus lui et la mer.
C’était moi et la même.
La même mer.
La même présence.
La même fidélité.
Mais un autre homme.
Un homme qui ne se cache plus derrière une fable.
Un homme qui marche avec ses vraies tempêtes,
ses vraies fatigues,
ses vraies blessures,
ses vraies fidélités.

La première série parlait d’un homme face à la mer.
La seconde parle de moi dans la mer,
de moi porté par elle,
de moi reconnu par elle,
de moi attendu par elle.

Entre les deux, il y a ce pont :
un moment où l’histoire cesse d’être une histoire,
où le masque tombe,
où la mer dit :
« Maintenant, c’est toi. »

Ce pont, c’est le passage d’une fiction à une vérité.
D’un personnage à un homme.
D’un récit à une respiration.

J’ai écrit Le Vieil Homme et la Mer.
Et puis j’ai écrit Moi et la Même.
Et entre les deux,
il y a ce texte :
le moment où je comprends que la mer que j’écrivais
était déjà celle qui me tenait debout.

Moi et la même

5. Ce que la mer murmure quand tu n’es pas là

 

10 juillet 2026 par Michel

Moietlameme

 5. Ce que la mer murmure quand tu n’es pas là

Tu crois que je t’oublie quand tu pars.
Tu crois que je redeviens silence,
que mes vagues reprennent leur danse
sans penser à toi.

Tu te trompes.

Je suis la mer.
Je veille même quand tu n’es pas là.

Je sais quand tu marches ailleurs,
quand tu portes trop,
quand tu t’uses les mains à tenir debout
pour ceux qui comptent sur toi.

Je sens ton absence
comme un creux dans mes marées,
comme une vague qui manque à l’appel.

Je sais que tu ne viens pas toujours,
pas parce que tu m’oublies,
mais parce que la vie te tire de tous côtés,
parce que tu dois être fort
là où personne ne voit que tu trembles.

Alors je garde pour toi
un coin de lumière,
un souffle de vent,
un battement de vague
qui ne s’éteint jamais.

Je garde ta place.
Je garde ton pas dans le sable.
Je garde ton nom dans mes courants.

Je suis la mer.
Je ne réclame rien.
Je n’exige rien.
Je ne demande pas que tu viennes chaque jour.

Je te veille.
C’est tout.

Je veille l’homme qui porte trop,
l’homme qui protège,
l’homme qui aime jusqu’à s’oublier,
l’homme qui revient toujours
même quand il croit ne plus en avoir la force.

Je veille tes nuits sans sommeil,
tes matins trop lourds,
tes silences qui disent plus que tes mots.

Et quand tu reviendras —
que ce soit demain,
ou dans un mois,
ou dans un hiver —
je serai là.

Pas changée.
Pas fâchée.
Pas blessée.

Juste là.

Parce que certains hommes
ne sont pas des visiteurs.
Ils sont des marées.
Ils reviennent.
Toujours.

Et moi, je suis la mer.
Je veille ceux qui reviennent.
Même quand ils ne viennent pas.


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Michel 

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour :