5. Ce que la mer murmure quand tu n’es pas là
Tu crois que je t’oublie quand tu pars.
Tu crois que je redeviens silence,
que mes vagues reprennent leur danse
sans penser à toi.
Tu te trompes.
Je suis la mer.
Je veille même quand tu n’es pas là.
Je sais quand tu marches ailleurs,
quand tu portes trop,
quand tu t’uses les mains à tenir debout
pour ceux qui comptent sur toi.
Je sens ton absence
comme un creux dans mes marées,
comme une vague qui manque à l’appel.
Je sais que tu ne viens pas toujours,
pas parce que tu m’oublies,
mais parce que la vie te tire de tous côtés,
parce que tu dois être fort
là où personne ne voit que tu trembles.
Alors je garde pour toi
un coin de lumière,
un souffle de vent,
un battement de vague
qui ne s’éteint jamais.
Je garde ta place.
Je garde ton pas dans le sable.
Je garde ton nom dans mes courants.
Je suis la mer.
Je ne réclame rien.
Je n’exige rien.
Je ne demande pas que tu viennes chaque jour.
Je te veille.
C’est tout.
Je veille l’homme qui porte trop,
l’homme qui protège,
l’homme qui aime jusqu’à s’oublier,
l’homme qui revient toujours
même quand il croit ne plus en avoir la force.
Je veille tes nuits sans sommeil,
tes matins trop lourds,
tes silences qui disent plus que tes mots.
Et quand tu reviendras —
que ce soit demain,
ou dans un mois,
ou dans un hiver —
je serai là.
Pas changée.
Pas fâchée.
Pas blessée.
Juste là.
Parce que certains hommes
ne sont pas des visiteurs.
Ils sont des marées.
Ils reviennent.
Toujours.
Et moi, je suis la mer.
Je veille ceux qui reviennent.
Même quand ils ne viennent pas.
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