Michel

Moi et la même

6. Ce que la mer dit à l’homme qu’elle refuse de laisser se perdre

J’ai écrit une première série.
Douze textes.
Douze mois.
Douze marées.
C’était Le Vieil Homme et la Mer.
Un cycle complet, un cercle fermé,
une histoire qui avançait comme une barque fatiguée
mais qui tenait encore la mer.

Et puis un jour,
en relisant ces pages,
j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais osé dire :

le vieil homme, ce n’était pas un personnage.
C’était moi.

J’ai repris la même structure,
les mêmes douze respirations,
les mêmes douze étapes.

Alors j’ai recommencé.
Pas pour répéter.
Pas pour imiter.
Pour oser.

 

Mais cette fois,
le vieil homme s’est effacé.
Et j’ai avancé à sa place.

Cette fois, ce n’était plus lui et la mer.
C’était moi et la même.
La même mer.
La même présence.
La même fidélité.
Mais un autre homme.
Un homme qui ne se cache plus derrière une fable.
Un homme qui marche avec ses vraies tempêtes,
ses vraies fatigues,
ses vraies blessures,
ses vraies fidélités.

La première série parlait d’un homme face à la mer.
La seconde parle de moi dans la mer,
de moi porté par elle,
de moi reconnu par elle,
de moi attendu par elle.

Entre les deux, il y a ce pont :
un moment où l’histoire cesse d’être une histoire,
où le masque tombe,
où la mer dit :
« Maintenant, c’est toi. »

Ce pont, c’est le passage d’une fiction à une vérité.
D’un personnage à un homme.
D’un récit à une respiration.

J’ai écrit Le Vieil Homme et la Mer.
Et puis j’ai écrit Moi et la Même.
Et entre les deux,
il y a ce texte :
le moment où je comprends que la mer que j’écrivais
était déjà celle qui me tenait debout.

Moi et la même

6. Ce que la mer dit à l’homme qu’elle refuse de laisser se perdre

 

10 juillet 2026 par Michel

Moietlameme

6. Ce que la mer dit à l’homme qu’elle refuse de laisser se perdre

Je te vois, toi.
Toi qui marches avec la tempête dans le ventre,
avec des éclairs derrière les yeux,
avec des vagues qui cognent trop fort dans ta poitrine.

Tu crois que je ne remarque rien.
Tu crois que je ne vois que ta silhouette sur ma grève.
Mais je vois tout.
Je vois quand tu respires trop vite,
quand tu regardes l’horizon comme si tu voulais t’y dissoudre,
quand tu tiens debout par habitude
et non par force.

Je suis la mer.
Et je refuse de te laisser te perdre.

Je connais les hommes qui portent des tempêtes.
Ils ne crient pas.
Ils ne demandent rien.
Ils avancent, même quand leurs jambes tremblent.
Ils protègent, même quand leur cœur s’effrite.
Ils sourient, même quand le vent leur arrache des morceaux.

Tu es de ceux-là.
Et c’est pour ça que je te garde.

Quand tu t’éloignes,
je sens ta tempête monter.
Je sens tes vagues intérieures frapper tes côtes.
Je sens ton souffle devenir court,
comme si tu te noyais sans eau.

Alors je t’appelle.
Pas avec des mots.
Avec un grondement dans mes profondeurs,
avec une odeur de sel qui te revient en mémoire,
avec un souvenir de lumière sur mes vagues
que tu ne peux pas oublier.

Je te rappelle que tu n’es pas seul.
Que même si tu te perds en toi,
moi, je ne te perds pas.

Je suis la mer.
Je suis faite pour avaler des tempêtes,
pour briser des orages,
pour calmer des vents qui veulent tout détruire.

Alors quand ta tempête devient trop grande,
viens.
Ou ne viens pas.
Je te veille quand même.

Je veille l’homme qui tombe sans bruit.
Je veille l’homme qui se relève sans témoin.
Je veille l’homme qui protège jusqu’à s’oublier.
Je veille l’homme qui porte trop
et qui pourtant continue.

Et je te le dis,
toi qui crois parfois disparaître dans ta propre nuit :

Je ne te laisserai pas te perdre.
Pas tant que mes vagues respirent.
Pas tant que ton nom existe dans ma mémoire.
Pas tant que tu marches quelque part sur cette terre.

Tu n’es pas fait pour te dissoudre.
Tu es fait pour revenir.
Toujours.

Et moi, je suis la mer.
Je veille ceux qui reviennent.
Même quand ils se perdent en chemin.


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Michel 

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour : 10/07/2026