6. Ce que la mer dit à l’homme qu’elle refuse de laisser se perdre
Je te vois, toi.
Toi qui marches avec la tempête dans le ventre,
avec des éclairs derrière les yeux,
avec des vagues qui cognent trop fort dans ta poitrine.
Tu crois que je ne remarque rien.
Tu crois que je ne vois que ta silhouette sur ma grève.
Mais je vois tout.
Je vois quand tu respires trop vite,
quand tu regardes l’horizon comme si tu voulais t’y dissoudre,
quand tu tiens debout par habitude
et non par force.
Je suis la mer.
Et je refuse de te laisser te perdre.
Je connais les hommes qui portent des tempêtes.
Ils ne crient pas.
Ils ne demandent rien.
Ils avancent, même quand leurs jambes tremblent.
Ils protègent, même quand leur cœur s’effrite.
Ils sourient, même quand le vent leur arrache des morceaux.
Tu es de ceux-là.
Et c’est pour ça que je te garde.
Quand tu t’éloignes,
je sens ta tempête monter.
Je sens tes vagues intérieures frapper tes côtes.
Je sens ton souffle devenir court,
comme si tu te noyais sans eau.
Alors je t’appelle.
Pas avec des mots.
Avec un grondement dans mes profondeurs,
avec une odeur de sel qui te revient en mémoire,
avec un souvenir de lumière sur mes vagues
que tu ne peux pas oublier.
Je te rappelle que tu n’es pas seul.
Que même si tu te perds en toi,
moi, je ne te perds pas.
Je suis la mer.
Je suis faite pour avaler des tempêtes,
pour briser des orages,
pour calmer des vents qui veulent tout détruire.
Alors quand ta tempête devient trop grande,
viens.
Ou ne viens pas.
Je te veille quand même.
Je veille l’homme qui tombe sans bruit.
Je veille l’homme qui se relève sans témoin.
Je veille l’homme qui protège jusqu’à s’oublier.
Je veille l’homme qui porte trop
et qui pourtant continue.
Et je te le dis,
toi qui crois parfois disparaître dans ta propre nuit :
Je ne te laisserai pas te perdre.
Pas tant que mes vagues respirent.
Pas tant que ton nom existe dans ma mémoire.
Pas tant que tu marches quelque part sur cette terre.
Tu n’es pas fait pour te dissoudre.
Tu es fait pour revenir.
Toujours.
Et moi, je suis la mer.
Je veille ceux qui reviennent.
Même quand ils se perdent en chemin.
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