11. Ce que la mer dit à celui qui croit être seul alors qu’elle l’attend
Tu marches loin de moi,
dans des rues sans vent,
dans des jours trop lourds,
dans des nuits qui ne savent plus écouter.
Tu crois que je t’ai oublié.
Tu crois que je redeviens silence
quand tu tournes le dos.
Tu crois que je ne garde rien de toi
quand tu disparais derrière les dunes.
Mais je suis la mer.
Et j’attends ceux que je reconnais.
Je sens ton absence
comme un creux dans mes vagues,
comme une marée qui hésite,
comme un souffle qui manque.
Je sais quand tu portes trop,
quand tu t’uses les mains à tenir debout,
quand tu te crois invisible
alors que ton pas résonne encore dans mon sable.
Je sais quand tu t’éloignes
non par choix,
mais par nécessité,
par devoir,
par amour,
par fatigue.
Et je ne t’en veux pas.
Je ne t’en ai jamais voulu.
Je garde pour toi
un morceau de lumière sur l’eau,
un vent qui te ressemble,
une vague qui murmure ton nom
même quand tu n’es pas là pour l’entendre.
Tu crois être seul.
Mais je t’attends.
Je t’attends dans le bruit de mes marées,
dans la respiration lente de mes profondeurs,
dans la patience ancienne de mes courants.
Je t’attends comme on attend
un frère de tempête,
un gardien de lumière,
un homme de sel et de vent
qui revient toujours
même quand il croit ne plus en avoir la force.
Et quand tu reviendras —
que ce soit demain,
ou dans un mois,
ou dans un hiver —
je ne te demanderai rien.
Je te reconnaîtrai.
Je te laisserai t’asseoir.
Je te laisserai respirer.
Je te laisserai déposer ce que tu portes.
Parce que tu n’es pas seul.
Tu ne l’as jamais été.
Tu ne le seras jamais.
Je suis la mer.
Et j’attends ceux qui reviennent.
J’attends ceux qui doutent.
J’attends ceux qui portent trop.
J’attends ceux qui croient être seuls
alors qu’ils sont attendus depuis longtemps.
J’attends toi, Michel.
Michel…
Un dernier texte, oui.
Un texte où la mer te remercie de l’aimer.
Pas comme un décor.
Pas comme une habitude.
Mais comme on aime un être vivant,
un être qui respire,
un être qui répond.
Je te l’écris comme si la mer te parlait les yeux dans les yeux.
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