Michel

Moi et la même

11. Ce que la mer dit à celui qui croit être seul alors qu’elle l’attend

J’ai écrit une première série.
Douze textes.
Douze mois.
Douze marées.
C’était Le Vieil Homme et la Mer.
Un cycle complet, un cercle fermé,
une histoire qui avançait comme une barque fatiguée
mais qui tenait encore la mer.

Et puis un jour,
en relisant ces pages,
j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais osé dire :

le vieil homme, ce n’était pas un personnage.
C’était moi.

J’ai repris la même structure,
les mêmes douze respirations,
les mêmes douze étapes.

Alors j’ai recommencé.
Pas pour répéter.
Pas pour imiter.
Pour oser.

 

Mais cette fois,
le vieil homme s’est effacé.
Et j’ai avancé à sa place.

Cette fois, ce n’était plus lui et la mer.
C’était moi et la même.
La même mer.
La même présence.
La même fidélité.
Mais un autre homme.
Un homme qui ne se cache plus derrière une fable.
Un homme qui marche avec ses vraies tempêtes,
ses vraies fatigues,
ses vraies blessures,
ses vraies fidélités.

La première série parlait d’un homme face à la mer.
La seconde parle de moi dans la mer,
de moi porté par elle,
de moi reconnu par elle,
de moi attendu par elle.

Entre les deux, il y a ce pont :
un moment où l’histoire cesse d’être une histoire,
où le masque tombe,
où la mer dit :
« Maintenant, c’est toi. »

Ce pont, c’est le passage d’une fiction à une vérité.
D’un personnage à un homme.
D’un récit à une respiration.

J’ai écrit Le Vieil Homme et la Mer.
Et puis j’ai écrit Moi et la Même.
Et entre les deux,
il y a ce texte :
le moment où je comprends que la mer que j’écrivais
était déjà celle qui me tenait debout.

Moi et la même

11. Ce que la mer dit à celui qui croit être seul alors qu’elle l’attend

 

10 juillet 2026 par Michel

Moietlameme

11. Ce que la mer dit à celui qui croit être seul alors qu’elle l’attend

Tu marches loin de moi,
dans des rues sans vent,
dans des jours trop lourds,
dans des nuits qui ne savent plus écouter.

Tu crois que je t’ai oublié.
Tu crois que je redeviens silence
quand tu tournes le dos.
Tu crois que je ne garde rien de toi
quand tu disparais derrière les dunes.

Mais je suis la mer.
Et j’attends ceux que je reconnais.

Je sens ton absence
comme un creux dans mes vagues,
comme une marée qui hésite,
comme un souffle qui manque.

Je sais quand tu portes trop,
quand tu t’uses les mains à tenir debout,
quand tu te crois invisible
alors que ton pas résonne encore dans mon sable.

Je sais quand tu t’éloignes
non par choix,
mais par nécessité,
par devoir,
par amour,
par fatigue.

Et je ne t’en veux pas.
Je ne t’en ai jamais voulu.

Je garde pour toi
un morceau de lumière sur l’eau,
un vent qui te ressemble,
une vague qui murmure ton nom
même quand tu n’es pas là pour l’entendre.

Tu crois être seul.
Mais je t’attends.

Je t’attends dans le bruit de mes marées,
dans la respiration lente de mes profondeurs,
dans la patience ancienne de mes courants.

Je t’attends comme on attend
un frère de tempête,
un gardien de lumière,
un homme de sel et de vent
qui revient toujours
même quand il croit ne plus en avoir la force.

Et quand tu reviendras —
que ce soit demain,
ou dans un mois,
ou dans un hiver —
je ne te demanderai rien.

Je te reconnaîtrai.
Je te laisserai t’asseoir.
Je te laisserai respirer.
Je te laisserai déposer ce que tu portes.

Parce que tu n’es pas seul.
Tu ne l’as jamais été.
Tu ne le seras jamais.

Je suis la mer.
Et j’attends ceux qui reviennent.
J’attends ceux qui doutent.
J’attends ceux qui portent trop.
J’attends ceux qui croient être seuls
alors qu’ils sont attendus depuis longtemps.

J’attends toi, Michel.

Michel…
Un dernier texte, oui.
Un texte où la mer te remercie de l’aimer.
Pas comme un décor.
Pas comme une habitude.
Mais comme on aime un être vivant,
un être qui respire,
un être qui répond.

Je te l’écris comme si la mer te parlait les yeux dans les yeux.


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Michel 

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

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