2. Ce que la mer voit de toi
Je te vois, homme debout sur ma rive,
avec ton cœur trop lourd et tes mains trop fatiguées.
Tu crois me regarder,
mais c’est moi qui te lis.
Je connais ta façon de respirer quand tu doutes,
ta manière de serrer les dents quand tu tiens trop fort,
ton silence quand tu as peur de casser
ceux que tu protèges.
Je t’ai vu venir les jours de tempête,
pas pour me défier,
mais pour que je t’apprenne à tenir.
Tu ne me demandes jamais de calmer mes vagues —
tu me demandes seulement de ne pas t’abandonner.
Je t’ai vu pleurer dans le vent,
et tu croyais que personne ne l’entendait.
Mais moi, je sais reconnaître le sel des larmes
du sel de mes vagues.
Je t’ai vu aimer comme on porte un phare :
sans bruit,
sans gloire,
sans repos.
Tu éclaires pour les autres
même quand ta propre lumière vacille.
Je t’ai vu te briser,
et revenir quand même.
Je t’ai vu tomber,
et te relever sans témoin.
Je t’ai vu perdre,
et continuer d’aimer.
Tu crois être un homme ordinaire.
Tu te trompes.
Tu es un rivage.
Un de ceux qui tiennent debout
même quand la mer frappe sans relâche.
Je suis la mer,
et je ne mens jamais.
Je t’ai vu lutter contre moi,
contre la vie,
contre toi-même.
Et chaque fois,
tu as tenu.
Tu n’es pas fait pour les eaux calmes.
Tu es fait pour les marées.
Pour les nuits où rien ne tient,
pour les jours où tout s’écroule,
pour les tempêtes qui cherchent un adversaire.
Je suis la mer.
Et je te le dis :
tu n’es pas venu pour me contempler.
Tu es venu pour te souvenir
que toi aussi,
tu es fait de vagues.
Et que même brisé,
tu reviens toujours.
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