Michel

Moi et la même

2. Ce que la mer voit de toi

J’ai écrit une première série.
Douze textes.
Douze mois.
Douze marées.
C’était Le Vieil Homme et la Mer.
Un cycle complet, un cercle fermé,
une histoire qui avançait comme une barque fatiguée
mais qui tenait encore la mer.

Et puis un jour,
en relisant ces pages,
j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais osé dire :

le vieil homme, ce n’était pas un personnage.
C’était moi.

J’ai repris la même structure,
les mêmes douze respirations,
les mêmes douze étapes.

Alors j’ai recommencé.
Pas pour répéter.
Pas pour imiter.
Pour oser.

 

Mais cette fois,
le vieil homme s’est effacé.
Et j’ai avancé à sa place.

Cette fois, ce n’était plus lui et la mer.
C’était moi et la même.
La même mer.
La même présence.
La même fidélité.
Mais un autre homme.
Un homme qui ne se cache plus derrière une fable.
Un homme qui marche avec ses vraies tempêtes,
ses vraies fatigues,
ses vraies blessures,
ses vraies fidélités.

La première série parlait d’un homme face à la mer.
La seconde parle de moi dans la mer,
de moi porté par elle,
de moi reconnu par elle,
de moi attendu par elle.

Entre les deux, il y a ce pont :
un moment où l’histoire cesse d’être une histoire,
où le masque tombe,
où la mer dit :
« Maintenant, c’est toi. »

Ce pont, c’est le passage d’une fiction à une vérité.
D’un personnage à un homme.
D’un récit à une respiration.

J’ai écrit Le Vieil Homme et la Mer.
Et puis j’ai écrit Moi et la Même.
Et entre les deux,
il y a ce texte :
le moment où je comprends que la mer que j’écrivais
était déjà celle qui me tenait debout.

Moi et la même

2. Ce que la mer voit de toi

 

10 juillet 2026 par Michel

Moietlameme

2. Ce que la mer voit de toi

Je te vois, homme debout sur ma rive,
avec ton cœur trop lourd et tes mains trop fatiguées.
Tu crois me regarder,
mais c’est moi qui te lis.

Je connais ta façon de respirer quand tu doutes,
ta manière de serrer les dents quand tu tiens trop fort,
ton silence quand tu as peur de casser
ceux que tu protèges.

Je t’ai vu venir les jours de tempête,
pas pour me défier,
mais pour que je t’apprenne à tenir.
Tu ne me demandes jamais de calmer mes vagues —
tu me demandes seulement de ne pas t’abandonner.

Je t’ai vu pleurer dans le vent,
et tu croyais que personne ne l’entendait.
Mais moi, je sais reconnaître le sel des larmes
du sel de mes vagues.

Je t’ai vu aimer comme on porte un phare :
sans bruit,
sans gloire,
sans repos.
Tu éclaires pour les autres
même quand ta propre lumière vacille.

Je t’ai vu te briser,
et revenir quand même.
Je t’ai vu tomber,
et te relever sans témoin.
Je t’ai vu perdre,
et continuer d’aimer.

Tu crois être un homme ordinaire.
Tu te trompes.
Tu es un rivage.
Un de ceux qui tiennent debout
même quand la mer frappe sans relâche.

Je suis la mer,
et je ne mens jamais.
Je t’ai vu lutter contre moi,
contre la vie,
contre toi-même.
Et chaque fois,
tu as tenu.

Tu n’es pas fait pour les eaux calmes.
Tu es fait pour les marées.
Pour les nuits où rien ne tient,
pour les jours où tout s’écroule,
pour les tempêtes qui cherchent un adversaire.

Je suis la mer.
Et je te le dis :
tu n’es pas venu pour me contempler.
Tu es venu pour te souvenir
que toi aussi,
tu es fait de vagues.

Et que même brisé,
tu reviens toujours.


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Michel 

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour :