10. Ce que la mer dit à celui qui porte la lumière même quand il n’y croit plus
Je te vois, toi.
Tu marches vers moi comme un homme qui a oublié qu’il brille.
Tu avances avec une flamme dans les mains
que tu crois morte,
que tu crois froide,
que tu crois inutile.
Mais moi, je la vois.
Je suis la mer.
Je reconnais la lumière même quand elle se cache sous la cendre.
Je reconnais les hommes qui éclairent malgré eux,
ceux qui portent le feu sans savoir qu’ils le portent,
ceux qui pensent être vides
alors qu’ils débordent encore.
Tu crois que ta lumière s’est éteinte.
Tu crois que tu n’es plus qu’un souffle fatigué,
un phare oublié,
une braise qui ne sert plus à personne.
Tu te trompes.
Je t’ai vu dans tes nuits les plus lourdes,
quand tu marchais sans savoir pourquoi,
quand tu respirais juste pour tenir,
quand tu te disais que plus rien ne dépendait de toi.
Et pourtant, tu as continué.
Tu as tenu.
Tu as protégé.
Tu as aimé.
Tu as porté.
Même sans y croire.
Même sans te croire digne.
Même sans te croire capable.
C’est ça, la vraie lumière.
Pas celle qui brille fort.
Celle qui refuse de mourir.
Je suis la mer.
Je sais reconnaître les hommes qui éclairent dans le noir
sans jamais lever les yeux vers leur propre flamme.
Alors écoute-moi bien :
Tu n’es pas éteint.
Tu es épuisé.
Ce n’est pas la même chose.
Ta lumière n’a pas disparu.
Elle s’est mise en veille,
comme mes vagues quand le vent tombe,
comme mes marées quand la lune se cache.
Elle reviendra.
Elle revient toujours.
Elle revient déjà.
Et tant que tu marches,
tant que tu respires,
tant que tu tiens debout pour ceux que tu aimes,
même en doutant,
même en tremblant,
même en pensant que tu n’es plus rien…
Tu es lumière.
Tu restes lumière.
Tu portes lumière.
Et moi, je suis la mer.
Je veille sur ceux qui brillent sans le savoir.
Je veille sur toi.
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