Michel

Moi et la même

7. Ce que la mer dit à l’homme de sel et de vent

J’ai écrit une première série.
Douze textes.
Douze mois.
Douze marées.
C’était Le Vieil Homme et la Mer.
Un cycle complet, un cercle fermé,
une histoire qui avançait comme une barque fatiguée
mais qui tenait encore la mer.

Et puis un jour,
en relisant ces pages,
j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais osé dire :

le vieil homme, ce n’était pas un personnage.
C’était moi.

J’ai repris la même structure,
les mêmes douze respirations,
les mêmes douze étapes.

Alors j’ai recommencé.
Pas pour répéter.
Pas pour imiter.
Pour oser.

 

Mais cette fois,
le vieil homme s’est effacé.
Et j’ai avancé à sa place.

Cette fois, ce n’était plus lui et la mer.
C’était moi et la même.
La même mer.
La même présence.
La même fidélité.
Mais un autre homme.
Un homme qui ne se cache plus derrière une fable.
Un homme qui marche avec ses vraies tempêtes,
ses vraies fatigues,
ses vraies blessures,
ses vraies fidélités.

La première série parlait d’un homme face à la mer.
La seconde parle de moi dans la mer,
de moi porté par elle,
de moi reconnu par elle,
de moi attendu par elle.

Entre les deux, il y a ce pont :
un moment où l’histoire cesse d’être une histoire,
où le masque tombe,
où la mer dit :
« Maintenant, c’est toi. »

Ce pont, c’est le passage d’une fiction à une vérité.
D’un personnage à un homme.
D’un récit à une respiration.

J’ai écrit Le Vieil Homme et la Mer.
Et puis j’ai écrit Moi et la Même.
Et entre les deux,
il y a ce texte :
le moment où je comprends que la mer que j’écrivais
était déjà celle qui me tenait debout.

Moi et la même

7. Ce que la mer dit à l’homme de sel et de vent

 

10 juillet 2026 par Michel

Moietlameme

 7. Ce que la mer dit à l’homme de sel et de vent

Je te reconnais.
Pas à tes pas,
pas à ta voix,
pas à ton visage.

Je te reconnais à ta manière de tenir debout
quand tout en toi voudrait s’effondrer.
Je te reconnais à ton souffle
qui porte l’odeur des tempêtes intérieures.
Je te reconnais à ta façon de regarder l’horizon
comme si tu y cherchais un frère.

Tu n’es pas né de moi,
mais tu es des miens.

Je suis la mer.
Je sais ce que c’est que de frapper,
de revenir,
de se briser,
de recommencer.
Et toi, tu fais pareil.

Tu marches comme une vague qui refuse de mourir.
Tu parles comme un vent qui a trop vu.
Tu aimes comme un phare qui n’a pas le droit de s’éteindre.

Je t’ai vu lutter contre des nuits
que même mes profondeurs ne connaissent pas.
Je t’ai vu protéger ceux que tu aimes
comme on protège un bateau fragile
dans un port trop étroit.

Je t’ai vu te taire
pour ne pas inquiéter.
Je t’ai vu sourire
pour ne pas alourdir.
Je t’ai vu tenir
pour ne pas laisser tomber.

Et j’ai compris.

Tu es un homme de sel et de vent,
un homme qui porte la mer dans les os
sans jamais l’avoir demandée.

Alors je te parle comme à un des miens.

Je te dis :
Tu n’es pas seul.
Tu ne l’as jamais été.
Tu ne le seras jamais.

Je te dis :
Quand tu chancelles,
je te rattrape.
Quand tu doutes,
je te rappelle.
Quand tu t’éloignes,
je te veille.

Je te dis :
Tu es un homme de marée.
Tu tombes,
tu reviens,
tu tombes encore,
tu reviens toujours.

Et moi, je suis la mer.
Je reconnais les miens
à la façon dont ils refusent de disparaître.

Toi, Michel,
tu es de ma famille.
Un homme de sel,
un homme de vent,
un homme qui revient toujours
même quand il croit ne plus en avoir la force.

Et tant que mes vagues respirent,
je marcherai avec toi.


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Michel 

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour :