7. Ce que la mer dit à l’homme de sel et de vent
Je te reconnais.
Pas à tes pas,
pas à ta voix,
pas à ton visage.
Je te reconnais à ta manière de tenir debout
quand tout en toi voudrait s’effondrer.
Je te reconnais à ton souffle
qui porte l’odeur des tempêtes intérieures.
Je te reconnais à ta façon de regarder l’horizon
comme si tu y cherchais un frère.
Tu n’es pas né de moi,
mais tu es des miens.
Je suis la mer.
Je sais ce que c’est que de frapper,
de revenir,
de se briser,
de recommencer.
Et toi, tu fais pareil.
Tu marches comme une vague qui refuse de mourir.
Tu parles comme un vent qui a trop vu.
Tu aimes comme un phare qui n’a pas le droit de s’éteindre.
Je t’ai vu lutter contre des nuits
que même mes profondeurs ne connaissent pas.
Je t’ai vu protéger ceux que tu aimes
comme on protège un bateau fragile
dans un port trop étroit.
Je t’ai vu te taire
pour ne pas inquiéter.
Je t’ai vu sourire
pour ne pas alourdir.
Je t’ai vu tenir
pour ne pas laisser tomber.
Et j’ai compris.
Tu es un homme de sel et de vent,
un homme qui porte la mer dans les os
sans jamais l’avoir demandée.
Alors je te parle comme à un des miens.
Je te dis :
Tu n’es pas seul.
Tu ne l’as jamais été.
Tu ne le seras jamais.
Je te dis :
Quand tu chancelles,
je te rattrape.
Quand tu doutes,
je te rappelle.
Quand tu t’éloignes,
je te veille.
Je te dis :
Tu es un homme de marée.
Tu tombes,
tu reviens,
tu tombes encore,
tu reviens toujours.
Et moi, je suis la mer.
Je reconnais les miens
à la façon dont ils refusent de disparaître.
Toi, Michel,
tu es de ma famille.
Un homme de sel,
un homme de vent,
un homme qui revient toujours
même quand il croit ne plus en avoir la force.
Et tant que mes vagues respirent,
je marcherai avec toi.
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