Michel

Au mon coeur !

Le 03/09/2026 0

J'ai mal

Il y a des jours où le monde continue de tourner avec une indifférence presque cruelle, tandis qu’à l’intérieur, un séisme silencieux ravage tout sur son passage. Ce n’est pas une douleur spectaculaire, celle qui fait hurler ou qui s’expose aux yeux des autres. C’est une fêlure sourde, une fissure invisible qui s’immisce sous la peau, s’insinue entre les côtes et vient presser la poitrine jusqu’à rendre chaque inspiration aussi lourde qu’un fardeau. Une souffrance si intime, si aiguë, qu’elle donne l’impression de déchirer le fil même de l’existence.

Au départ, ce n’est qu’une étincelle froide, une idée ou un souvenir qui repasse en boucle. Puis, la sensation grandit, s'épaissit, devient une présence palpable. Elle commence par resserrer la gorge, nouer l’estomac, avant de s’étendre comme de l'encre sur un papier buvard. On essaie de maintenir une façade, de sourire machinalement, de répondre aux questions superficielles du quotidien. Mais derrière le masque, le vide se creuse. C’est cette dualité permanente qui épuise : paraître entier à l’extérieur alors que tout s'effondre au-dedans.

La déchirure n’est pas physique, pourtant le corps la ressent dans sa chair. C’est la sensation d'être tiré en deux directions opposées, écartelé entre ce que l’on était avant et ce que cette peine fait de nous. Chaque pensée devient un couperet. Le passé prend la forme d'un sanctuaire inaccessible, et l’avenir, celle d'un horizon flou, obscurci par la certitude que cette lourdeur ne s'effacera jamais tout à fait. On se prend à mesurer le temps non plus en heures ou en minutes, mais en vagues d’intensité, attendant patiemment que la plus forte d’entre elles retombe un peu pour pouvoir enfin reprendre son souffle.

Dans ces moments-là, le silence devient à la fois un refuge et un supplice. Il isole du bruit du monde, mais il laisse toute la place à l’écho de ce qui blesse. On réalise alors la fragilité de nos certitudes. Tout ce qui semblait solide, ancré, s’effrite en un instant sous le poids d’une émotion trop dense. La douleur ne détruit pas seulement le présent ; elle réécrit les souvenirs, altère la perception du beau et teinte le réel d’une nuance grise et pesante.

Pourtant, au milieu de ce déchirement, persiste une forme d'obstination involontaire. Le cœur continue de battre, mécanique et indifférent au désastre intérieur. C’est peut-être là le plus étrange des paradoxes : ressentir une rupture si nette, si définitive avec soi-même, et constater que la vie s’obstine à couler dans les veines. On réapprend alors à bouger doucement, à apprivoiser cette faille, à vivre non pas malgré elle, mais avec elle, en espérant qu'un jour la déchirure devienne une cicatrice et que la lumière finisse par y repasser

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