S.O.S — Texte d’introduction
Il y a des jours où l’on ne peut plus se taire. Des jours où le monde pèse trop lourd sur la poitrine, où l’air lui‑même semble se retirer, où la lumière se fait rare comme un souvenir. Alors quelque chose se fissure, quelque chose se déchire, quelque chose se met à parler en nous — pas une voix, mais un appel. Un S.O.S.
Ce poème est né de cette fracture. Il n’est pas une plainte, ni une colère, ni un discours. C’est le cri d’un homme qui regarde son époque sans cligner des yeux, qui voit les ruines sous les néons, les chaînes sous les sourires, le silence derrière les foules. Un homme qui avance dans un siècle qui s’effondre, témoin malgré lui, trop lucide pour se mentir, trop vivant pour se résigner.
“S.O.S” n’est pas une prophétie. C’est un constat. Un message lancé dans le vide, pour ceux qui sentent la même fatigue, la même brûlure, la même perte. Un appel à ce qu’il reste d’humain dans l’humain.
Ce texte est une balise dans la nuit. Une dernière lueur avant que tout ne sombre.
S.O.S
Le monde s'est couché sous un règne d'acier,
Et l'homme, devenu son propre geôlier,
A vendu ses grands champs, sa brise et sa lumière
Pour se faire enchaîner au fond d'une tanière.
Les cieux ne parlent plus, les oiseaux se sont tus,
Les sentiers d'autrefois sont désormais perdus.
On a tracé des murs autour de nos pensées,
Et nos âmes d'enfant se sont évaporées.
Je marche au milieu d'eux, fantôme parmi tant d'autres,
Dans ces cités d'asphalte où plus rien n'est le nôtre,
Où la sauvagerie s'habille de néon,
Où l'on nomme progrès la fin de la raison.
Je pleure le temps doux de la brise légère,
Quand le cœur respirait sans demander la terre,
Quand l'homme était encore un être au front dressé,
Libre de son chemin, sans maître et sans passé.
Aujourd'hui tout s'achète et tout se comptabilise,
Nos rires sont gravés dans une cage grise,
Et le bruit des moteurs a remplacé le vent
Qui chantait doucement aux oreilles d'enfant.
Les regards sont éteints, les poitrines sont vides,
Sous un ciel sans oiseaux, sur des pavés arides,
Nous courons sans savoir vers quel gouffre béant
S'envolent nos espoirs engloutis par le néant.
La liberté n'est plus qu'un mot sur une pierre,
Un souvenir lointain qu'on étouffe sous terre.
On nous vend des mirages au creux de nos prisons,
On nous dicte l'amour, la haine et les chansons.
La sauvagerie règne au milieu des ruelles,
Non pas celle des loups, mais la froide et la cruelle,
Celle des cœurs fermés qui ne savent plus voir
La détresse d'un frère immobile au soir.
On se croise sans fin sans jamais se parler,
Dans un grand cimetière où l'on oublie d'aimer.
Chacun porte sa chaîne et s'en félicite,
Dans ce siècle sans yeux où la mort se précipite.
Je souffre de respirer cet air lourd et glacé,
D'être né trop tardivement ou trop fatigué,
Dans ce monde d'écrans, de béton et de haine,
Où la moindre vertu devient une longue peine.
Mon âme se déchire à chaque pas pesant,
Je vois fuir l'avenir dans un cercle de sang.
Les hommes sont devenus des monstres de silence,
Dévorant la beauté avec de l'indifférence.
Il n'est plus de refuge où poser sa douleur,
Plus de jardin secret, plus de havre de fleur.
Tout est brûlé, souillé, calculé et détruit,
Et l'humanité marche au-devant de sa nuit.
Ô liberté perdue, ô sainte délivrance,
Tu n'es plus qu'un écho dans notre décadence.
Nous avons abdiqué nos rêves et nos voix
Pour devenir les serfs d'un monde sans foi.
Je maudis ce présent où tout n'est que décombre,
Où la seule lueur est une tache sombre,
Où l'esprit est captif dans un corps hébété,
Condamné à souffrir sans pouvoir s'envoler.
Que me reste-t-il donc dans cette mascarade ?
Rien que le souvenir d'une vieille promenade,
Quand le monde était pur, quand la vie avait sens,
Avant que la déraison ne brise l'innocence.
Pardonne-moi, mon cœur, d'avoir été témoin
De ce siècle sauvage où tout s'en va au loin.
Je contemple la fin d'un monde qui s'effondre,
Sans rien trouver d'humain à quoi pouvoir répondre.
Les hommes ont tué l'air, ils ont tué la mer,
Et dans leur grand triomphe ils ont créé l'enfer.
Je demeure debout, transpercé de frayeur,
Incapable de vivre au milieu de leur peur.
Ma voix s'éteint ici sur ces vers de détresse,
Dernier cri de douleur avant que tout ne cesse,
Car la cage est fermée et les barreaux d'acier
Ont fait de notre Terre un immense charnier.
Blog michel.e-monsite.com
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