L’hiver, ce n’est pas pour les plumes tendres
La cour est devenue un champ de bataille. Les chèvres ont sorti les manteaux, les oies les parapluies, les canards les bottes, les poules les écharpes, les pintades les chapeaux, et le dindon… le dindon a sorti son regard de fin du monde.
La pluie tombe comme une punition divine. Les flaques deviennent des lacs. Les plumes collent, les sabots glissent, les becs jurent. Chacun s’organise pour survivre à la saison où même le soleil demande un congé maladie.
La chèvre philosophe :
« L’hiver, c’est comme la politique : tout le monde promet du chaud, et on finit trempé. »
L’oie, elle, s’est mise en imperméable jaune. Elle avance dans la boue comme une ministre de la météo, sûre d’elle, mais incapable de voler. Le canard, jaloux, lui crie :
« Tu crois qu’on va te repêcher si tu coules ? »
La poule, emmitouflée dans une couverture rose, regarde le ciel et soupire :
« On pondra quand il fera sec. Ou jamais. »
La pintade, toujours nerveuse, court partout avec son parapluie percé :
« C’est pas la pluie qui me fait peur, c’est le vent ! Il emporte les idées et les plumes ! »
Et le dindon, massif, immobile, observe la scène avec la gravité d’un prophète :
« L’hiver, c’est la saison où les plumes tombent… et où les couteaux se préparent. »
Silence. Même la pluie hésite à continuer.
Les animaux se regardent, frissonnent, rient un peu, puis se serrent sous les parapluies. Ils savent que le froid ne tue pas toujours — parfois, il fait juste réfléchir. Et dans le Cotentin, réfléchir sous la pluie, c’est déjà un acte de résistance.
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