Michel

L’aidant qui disparaît en silence

Le 03/03/2026 0

Être aidant, ce n’est pas avoir du temps.
C’est en perdre, en voler, en sacrifier, en arracher à son propre corps pour le donner à l’autre.
C’est vivre dans une horloge qui n’est plus la tienne, où chaque minute appartient à celle que tu soutiens, que tu rassures, que tu accompagnes.

Être aidant, ce n’est pas avoir du temps.
C’est en perdre, en voler, en sacrifier, en arracher à son propre corps pour le donner à l’autre.
C’est vivre dans une horloge qui n’est plus la tienne, où chaque minute appartient à celle que tu soutiens, que tu rassures, que tu accompagnes.

Un aidant n’a pas de repos.
Il n’a pas de nuit.
Il n’a pas de “demain je dormirai”.
Il vit dans un présent tendu, fragile, où le sommeil n’est plus un refuge mais une parenthèse volée, un luxe coupable, un instant trop court pour réparer ce que la journée a brisé.

Tu dors quatre ou cinq heures, en morceaux, jamais d’un seul bloc.
Parce que Jeanne t’appelle.
Parce que sa main tremble.
Parce que sa voix cherche la tienne dans l’obscurité.
Parce que tu es le seul rempart entre elle et la peur.
Alors tu te lèves.
Tu lui parles.
Tu lui caresses la main.
Tu apaises ce qui peut l’être.
Et quand enfin elle se rendort, toi, tu restes éveillé, vidé, incapable de replonger dans le sommeil.
Ton corps voudrait s’effondrer, mais ton esprit reste en alerte, prêt à répondre encore.

Être aidant, c’est disparaître un peu chaque jour.
Dans tous les sens du terme.
On disparaît socialement, parce qu’on n’a plus de place ailleurs.
On disparaît physiquement, parce que le corps s’use, se creuse, se fatigue.
On disparaît intérieurement, parce qu’on n’a plus de temps pour soi, plus d’espace pour respirer, plus de silence pour se retrouver.

Et pourtant, dans cette nuit qui t’épuise, il y a un endroit où tu tiens encore debout :
l’écriture.
Ce moment où tu es seul, où la maison dort, où le monde se tait.
Ce moment où tu peux enfin déposer la violence intérieure, la fatigue accumulée, la colère sourde, la tristesse qui n’a pas de nom.
Écrire ne te rend pas le sommeil, mais ça t’empêche de te briser.
Ça te permet de continuer à t’occuper de Jeanne, de rester présent, de rester humain.

Alors quand on te dit :
« Vous écrivez, donc vous avez du temps »,
ils ne comprennent rien.
Tu n’écris pas parce que tu as du temps.
Tu écris sur ton sommeil,
sur ta fatigue,
sur ton dos,
sur ton cœur.
Tu écris parce que c’est la seule minute qui t’appartient encore,
la seule respiration que tu peux prendre sans culpabilité,
la seule manière de ne pas disparaître complètement.

Disparaitre

aidant lewy

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