Michel

“Pourquoi j’écris comme j’écris”

Le 04/06/2026 0

J’écris parce que j’ai vécu.

 

J’écris parce que j’ai vécu.
Pas un vécu de carte postale, pas un vécu qu’on raconte pour se faire mousser.
Un vécu qui marque, qui use, qui façonne.
Un vécu qui laisse des traces dans la voix et dans les mains.

J’ai connu la vie difficile, la vraie, celle où l’on compte chaque euro,
où l’on met les enfants d’abord,
et nous, s’il reste quelque chose, on verra.
C’était notre façon de tenir debout, ma femme et moi.
On n’a jamais fait autrement.

J’ai enseigné longtemps, très longtemps,
dans le 93, puis dans le 77.
Le “wesh wesh”, je ne l’ai pas appris dans les journaux :
je l’avais comme élèves.
Je les voyais en classe,
je les voyais dans la rue,
je les voyais à un kilomètre de chez moi.
Ils savaient où j’habitais,
et pourtant jamais un problème.
Parce que si on les respecte,
ils nous respectent.
C’est aussi simple que ça.

J’ai démêlé des situations que même un scénariste n’oserait pas écrire.
Des filles, des garçons,
qui venaient me voir parce qu’ils ne savaient plus comment sortir de ce dans quoi ils étaient tombés.
Et moi, je faisais ce que je pouvais,
avec mes mots,
avec ma présence,
avec ma foutue conviction que personne n’est irrécupérable.
Un prof, ça ne s’arrête pas à la sortie de l’établissement.
Quand on vit dans le même quartier,
on porte les mêmes nuits.

Tout ça, ça laisse des marques.
Ça forge une manière de regarder le monde.
Ça donne une voix qui ne triche pas.

Et puis il y a Jeanne.
Jeanne et moi, on a traversé des choses que beaucoup ne verraient même pas dans un film.
La maladie, la fatigue, les choix impossibles,
les jours où on tient,
les jours où on tombe,
et ceux où on se relève parce qu’il n’y a personne d’autre pour le faire.

Alors oui, j’écris.
J’écris avec ce que je suis :
un homme qui a vécu,
qui a encaissé,
qui a aimé,
qui a protégé,
qui a perdu,
qui continue.

Je suis HPI et autre
un cerveau qui tourne trop vite dans un corps qui fatigue trop tôt.
Mais j’avance.
Et mes textes, ce ne sont pas des inventions.
Ce sont des morceaux de vie.
Des éclats de vérité.
Des choses vues, entendues, portées.

Je n’ai pas besoin d’inventer.
Je n’ai qu’à ouvrir la porte de ma mémoire.

C’est pour ça que j’écris comme j’écris.
Parce que tout ce que je raconte,
c’est du vrai.
Du vécu.
Du mien.

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