Pas un chant, pas un caquètement, pas même un coin‑coin distrait.
Non.
Les troupes étaient en ordre de marche.
En tête du cortège, les oies avançaient d’un pas décidé, le cou tendu comme des leaders syndicaux.
Leur pancarte tremblait dans le vent :
« Nous ne sommes pas des SDF ! »
Et vu leur regard, personne n’aurait osé dire le contraire.
Derrière, les canards avaient enfilé des gilets jaunes découpés dans un vieux sac de courses.
Ils scandaient, l’air grave :
« Payés au SMIC ! Payés au SMIC ! »
On aurait dit une manif de la mare, version revendicative.
Les poules, elles, agitaient leurs plumes comme des drapeaux improvisés.
Elles avaient même répété une chorégraphie, mais la pintade avait déclaré que ce n’était “pas assez combatif”.
Justement, la pintade et la dinde marchaient côte à côte, l’air très sérieux, comme deux stratèges en pleine négociation.
Leur pancarte disait :
« Travail à plumes, salaire à poils ! »
Personne n’a jamais su ce que ça voulait dire, mais tout le monde a applaudi.
Puis vint le paon.
Ah, le paon.
Queue déployée, démarche de ministre, micro imaginaire à la main.
Il parlait pour la presse qui n’était pas là.
Sa banderole brillait :
« Respect pour les tondeurs ! »
Enfin, les chèvres fermaient la marche, tirant une petite charrette décorée de fleurs et de bouts de ficelle.
Elles avaient écrit :
« Égalité des tondeurs ! »
Et comme elles broutaient en avançant, la banderole se raccourcissait à vue d’œil.
Ce jour‑là, le jardin n’a pas tourné rond.
Mais il a tourné vrai.
Parce qu’il faut bien le dire :
même les animaux en ont marre de bosser gratuitement.
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