Michel

J’ACCUSE

Le 24/03/2026 0

J’ACCUSE — Le Silence, l’Oubli et la Maltraitance

J’ACCUSE — Le Silence, l’Oubli et la Maltraitance

J’accuse une société qui laisse ses anciens glisser dans l’ombre, comme si vieillir signifiait disparaître.

J’accuse un pays qui parle de respect, mais qui laisse des centaines de milliers de personnes âgées vivre dans un isolement total, derrière des volets fermés que personne ne prend plus le temps d’ouvrir.

J’accuse notre époque d’avoir confondu modernité et indifférence, au point de ne plus voir ceux qui avancent plus lentement.

J’accuse les familles dispersées, non par manque d’amour, mais par un monde qui éloigne, qui accélère, qui déconnecte, jusqu’à ce que les visites deviennent exceptionnelles et les appels, un souvenir.

J’accuse la fracture numérique qui transforme tant de seniors en étrangers dans leur propre pays, incapables d’accéder aux services essentiels parce qu’ils n’ont pas grandi avec un écran.

J’accuse les politiques publiques qui constatent, mesurent, publient, mais peinent à répondre à l’ampleur d’un isolement qui progresse chaque année.

J’accuse la maltraitance en EHPAD, celle qui ne fait pas toujours la une, celle qui ne se voit pas dans les rapports, celle qui se glisse dans les gestes trop rapides, dans les chambres trop vides, dans les équipes trop épuisées, dans les regards qui ne se posent plus.

J’accuse les établissements où l’on manque de bras, où l’on manque de temps, où l’on manque d’humanité, non par choix mais par abandon structurel. Parce que la dignité ne devrait jamais dépendre d’un budget.

J’accuse les situations où l’on attache faute de personnel, où l’on isole faute d’écoute, où l’on “gère” faute de pouvoir accompagner.

J’accuse le silence autour de ces réalités, comme si les personnes âgées n’avaient plus droit à la colère, à la protection, à la considération.

J’accuse l’idée que vieillir serait une charge, alors que vieillir est une victoire.

J’accuse notre incapacité collective à voir ce qui ne fait pas de bruit : l’isolement, la peur, la lenteur, la dépendance, la maltraitance ordinaire, celle qui ne laisse pas de bleus mais qui laisse des traces.

Et pourtant, il suffirait parfois d’un geste simple : frapper à une porte, prendre des nouvelles, regarder vraiment, parler doucement, être là.

Parce que la solitude n’est pas une fatalité.

Parce que la dignité n’est pas négociable.

Parce que nos anciens ne devraient jamais être invisibles.

656482833 122197018802565197 142421851041074904 n

lewy aidant litéraire

Ajouter un commentaire

Anti-spam