Pourquoi j’écris autant
On me demande souvent comment je peux produire autant de textes.
La réponse est simple :
cela fait quarante‑cinq ans que j’écris.
J’ai commencé à une époque où tout était plus lent.
On n’avait rien ou presque :
le téléphone fixe pour les riches,
la télévision en noir et blanc,
et des lettres qui mettaient des jours à arriver.
Puis il y a eu le Minitel,
les premiers pas d’Internet,
les ordinateurs,
les portables,
et enfin les réseaux sociaux.
Pendant tout ce temps, j’ai écrit.
À la main, d’abord.
Des cahiers entiers, des feuilles volantes, des carnets.
Puis à la machine à écrire,
avec ce bruit sec qui frappait chaque mot comme un clou.
Et enfin par informatique,
où les phrases pouvaient respirer autrement.
J’ai des cartons remplis de textes.
Des années de vie, de colère, de tendresse, de lucidité.
Mais je n’ai rien publié avant.
Rien.
Je gardais tout pour moi,
comme si ce n’était pas encore le moment.
Le moment est venu quand j’ai créé mon blog.
Parce que Jeanne s’en va doucement,
et que je me retrouve devant un choix que personne ne devrait avoir à faire :
soit je vis, soit je l’accompagne.
J’ai une préférence,
mais rien n’est encore écrit dans le marbre.
Alors je publie.
Je remets mes textes au goût du jour.
Je les laisse sortir de leurs cartons.
Je veux qu’ils vivent après moi,
qu’ils témoignent,
qu’ils disent ce que j’ai été :
pas un héros,
pas un écrivain,
juste un homme qui aime Jeanne,
sa femme,
et qui essaie de tenir debout tant qu’il le peut.
Voilà.
C’est tout.
Et c’est assez.
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