Jeanne mon Amour
Jeanne. Rien qu’en prononçant ton prénom, c’est toute notre vie qui défile, un océan de souvenirs que la marée humaine ne pourra jamais effacer. Aujourd’hui, le monstre porte un nom : la maladie à corps de Lewy. Un nom barbare, une ombre voleuse et imprévisible qui s'immisce entre nous, qui vient troubler tes pensées, altérer tes gestes et peupler tes journées de visions que je suis seul à ne pas voir. Mais entendre ce diagnostic n'a rien changé à la promesse fondamentale que je t'ai faite : je suis là, Jeanne. Je serai toujours là.
Tu es mon unique amour. Depuis le premier jour, depuis ces années lointaines où nos regards se sont croisés pour ne plus jamais se détacher, tu as été mon point d'ancrage, ma lumière dans la tempête, ma raison de tenir debout. Quand le monde extérieur me semblait trop étroit, trop violent pour mon esprit trop rapide et ma différence, tu étais mon seul havre de paix. C'est auprès de toi que j'ai appris à poser mes armes, à tomber le masque du camouflage social, à être simplement moi-même.
On nous parle souvent de l'amour des premiers jours, celui de la jeunesse, vif, passionné, insouciant. Mais personne ne parle de la beauté sacrée de l'amour qui vieillit, de l'amour qui traverse les épreuves et qui se métamorphose face à la maladie. Notre amour n'a pas disparu, il n'a pas diminué ; il a évolué. Il a pris la forme d'une tendresse infinie, d'une patience à toute épreuve, d'une présence muette mais inébranlable.
Certes, la maladie à corps de Lewy est un voleur cruel. Elle t'arrache parfois à moi pendant quelques heures. Elle t'emmène dans des labyrinthes mentaux où je ne peux pas te suivre, elle t'apporte des frayeurs injustes, des fluctuations qui te déstabilisent et te fatigue. Je vois dans tes yeux ces moments de flottement, cette peur panique quand le monde réel se dérobe sous tes pieds. Mais dans ces moments-là, regarde-moi. Cherche ma main. Ma main, cette main gauche que l'on a jadis voulue contrarier, est aujourd'hui le roc le plus solide sur lequel tu peux t'appuyer.
Quand tu ne sais plus où tu es, je serai ton repère. Quand les mots te manquent, je serai ton silence apaisant. Quand ton corps faiblit ou que la confusion t'envahit, je serai le souffle qui te maintient à la surface. Je puise chaque jour dans la force brute de la mer toute l'énergie dont j'ai besoin pour te la transmettre. Comme les vagues qui reviennent inlassablement caresser le rivage, je reviendrai chaque minute, chaque seconde, te redire qui tu es et combien tu es aimée.
Mon amour pour toi s'est épuré. Il s'est débarrassé de tout le superflu pour ne garder que l'essentiel : la présence brute, le cœur à cœur. Te tenir la main quand tu t'endors, essuyer une larme sur ta joue, te murmurer que tout va bien même quand la tempête fait rage dans ta tête, c'est devenu ma plus noble mission, mon plus grand privilège. Tu n'es pas la maladie qui te touche. Sous les ombres du corps de Lewy, tu restes ma Jeanne, la femme de ma vie, celle qui a éclairé mes jours et guidé mes pas.
Vieillir ensemble était un projet ; t'aimer à travers la maladie est un honneur. Je ne laisserai jamais l'ombre t'emporter toute seule. Tant qu'il me restera un souffle de vie, tant que mes yeux pourront te fixer avec cette même dévotion qu'au premier jour, tu ne seras jamais abandonnée. Notre histoire dépasse le temps, dépasse la médecine, dépasse la dégradation des corps. Elle est gravée au plus profond de mon être.
Repose-toi sur moi, Jeanne. Laisse-moi porter tes peurs, laisse-moi éclairer tes nuits. Je t'aimais hier dans la clarté, je t'aime aujourd'hui dans la pénombre, et je t'aimerai toujours, inconditionnellement, jusqu'à mon dernier souffle. Cela fait des mois qui dort je le sors ce jour
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