Michel, nuit, vérité, satire, réalité
Ces derniers jours ont été un mélange de douleur, de silence et de survie. J’ai enchaîné ma deuxième journée d’hospitalisation de jour. La première, ça allait. La seconde… beaucoup moins.
La nuit qui a suivi m’a mis en code noir : ce moment où le corps lâche, où la douleur dépasse tout, où chaque geste devient impossible. J’ai dû sortir le fauteuil électrique que j’avais acheté “au cas où”. Je ne pensais pas en avoir besoin si tôt. Mais c’était ça ou ne pas revenir.
Pendant que je me battais pour rester debout, le monde autour continuait ses absurdités. Ma voisine a même fait venir les gendarmes pour “vagabondage” de mon paon… sauf que mon paon n’a jamais mis une plume chez elle. Elle voulait acheter le terrain qui touche le sien et le mien, mais la propriétaire me l’a vendu à moi — justement parce qu’elle avait eu un comportement incorrect avec elle. Depuis, c’est mensonge sur mensonge, plainte sur plainte, histoire sur histoire. Je refuse les recommandés. Je refuse les conflits. Je refuse de rentrer dans leur théâtre. Je n’ai plus l’énergie pour ça.
Et malgré tout, j’ai continué à m’occuper de mes animaux. J’ai fait livrer une botte de foin. 100 kilos de blé. Parce qu’eux dépendent de moi, et moi je passe toujours en dernier.
Cette chanson est née dans cette nuit-là. Une nuit lourde, une nuit qui serre, une nuit qui observe. Une nuit où j’ai dû survivre, mais où j’ai aussi compris que je ne répondrai plus aux absurdités humaines. Je préfère mettre des squelettes dans mon jardin, des araignées géantes sur mon grillage, et laisser les gens parler.
Et puis il y a le décor autour. Un décor qui ferait rire si je n’étais pas en train de survivre à mes nuits.
D’un côté, j’ai un voisin aigri, un spécialiste des procédures. Il fait des mises en demeure à tout ce qui bouge dans un rayon de cinquante mètres. Il attaque, il menace, il écrit, il dépose… mais il permet à son chien d’aboyer dès que je mets un pied dans mon jardin. Le paradoxe en version vivante.
De l’autre, j’ai une “gamine” de trente ans, fraîchement débarquée de la ville, qui a décidé de régenter le quartier comme si elle était le maire bis. Elle se plaint de moi toutes les semaines en mairie. Elle se plaint du clocher — trop bruyant. Elle se plaint de la ferme — ça sent mauvais. Elle se plaint du coq — il chante. Elle se plaint de tout ce qui fait la campagne… sauf qu’elle a choisi d’y vivre.
Le pire, c’est qu’elle est infirmière en soins intensifs. Alors forcément, je me pose des questions sur la qualité de ses soins quand je vois comment elle se comporte ici : incapable de tolérer un clocher, un coq, une odeur de foin, un voisin, un paon qui n’a jamais mis une plume chez elle… mais capable de se plaindre en mairie comme si c’était un sport.
Entre le voisin procédurier et la gamine qui veut régenter le village, je suis entouré de théâtre. Moi, je préfère mettre des squelettes dans mon jardin et des araignées géantes sur mon grillage. Au moins, elles ne déposent pas de plainte.
La nuit, elle, ne ment pas. Elle voit tout. Elle sait tout. Elle m’a tenu assez longtemps pour que je puisse écrire cette chanson.
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