Michel

“La barque au milieu du monde”

Le 07/07/2026 0

Pour Jeanne

“La barque au milieu du monde”

 

Dans la mémoire de mon âme flotte un sentiment d’impuissance. On croit toujours qu’on dirige sa vie, qu’on tient la barre, qu’on choisit la route. On se raconte qu’on est maître de quelque chose, de nos jours, de nos gestes, de nos choix. Mais la vérité, la vraie, celle qui se glisse dans les nuits chaudes et les silences lourds, c’est que la vie nous dirige bien plus souvent que nous ne la dirigeons.

On avance comme une barque perdue au milieu de l’océan. Une petite coque de bois, fragile, obstinée, qui flotte parce qu’elle n’a pas d’autre choix. Les jours sont des vagues : parfois douces comme un agneau, parfois violentes comme l’enfer. On ne décide pas de la mer. On ne décide pas du vent. On ne décide pas des courants qui nous prennent, nous poussent, nous tirent, comme si nous n’étions qu’un morceau de vie accroché à un fil.

Alors on fait ce que font les marins silencieux : on survit. On serre les dents. On laisse passer les tempêtes. On accepte les jours calmes sans les questionner. On traverse les jours mauvais sans les maudire. Parce qu’on sait que la mer n’a pas de cœur, qu’elle n’a pas de logique, qu’elle n’a pas de promesse. Elle est là, immense, indifférente, et nous, minuscules, nous avançons malgré tout.

Il y a des soirs où l’on se dit qu’on pourrait disparaître. Pas dans un geste, pas dans un cri, mais comme une barque qui s’efface dans la brume, lentement, sans bruit, simplement parce que la mer a décidé de refermer son rideau. Et pourtant, on reste. On flotte. On continue. Parce que quelque chose en nous refuse de couler, même quand tout semble nous dire que ce serait plus simple.

La sagesse, la vraie, ce n’est pas de contrôler la mer. C’est de comprendre qu’on ne contrôle rien. Qu’on ne possède rien. Qu’on ne dirige rien. La sagesse, c’est ce silence intérieur, ce moment où l’on cesse de lutter contre les vagues, où l’on accepte d’être porté, où l’on laisse la vie faire son travail, sans se briser, sans se perdre.

On n’est maître de rien. Mais on est vivant. Et parfois, c’est suffisant pour continuer à flotter.

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