Face de Rat – Chant orbital du rire noir
Je suis Face de Rat, technicien du chaos, ouvrier du vide, poète de la panne générale.
Je bosse pour Monsieur Blaireau, chef des travaux intersidéraux. Il fume son cigare dans le sas de décompression, il dit que tout est sous contrôle, pendant que la moitié des boulons flotte dans le néant.
Moi, je monte dans l’ascenseur spatial, un vieux truc qui grince comme une âme fatiguée. Chaque étage, c’est une humeur : en bas, la mélancolie, au milieu, la colère, tout en haut, le rire — celui qui fait trembler les étoiles.
Je croise des ouvriers du vide, des types qui soudent la lumière avec des gants troués, et qui chantent faux dans le casque. Ils disent :
“Ici, on construit le futur avec des vis rouillées.”
Je leur réponds :
“Tant que ça tient, c’est du solide.”
Dans la station orbitale, les panneaux clignotent : DANGER : VIDE INTERSIDÉRAL GRAVITÉ ZÉRO : CHAUSSES TES CROCS ATTENTION : BLINDAGE FOIREUX
Et moi, je ris. Parce que le monde, c’est ça : un chantier mal éclairé, où les rats, les blaireaux et les poètes essaient de réparer la réalité avec du scotch et de la foi.
Je suis Face de Rat. Je passe d’un étage à l’autre sans effort. De la mort à la naissance, du noir au blanc, du sarcasme au rire. Je suis l’ascenseur du désordre, le contremaître du sens caché, le type qui trouve la beauté dans la rouille.
Et quand la station orbitale sera enfin terminée, je monterai tout en haut, j’ouvrirai la trappe, et je dirai :
“C’est bon, chef. Le monde est réparé. Mais il penche encore un peu.”
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