L’homme sans tête et le temps qui fond
Il s’était levé un matin sans tête, mais avec des idées.
Le ciel, lui, hésitait entre la pluie et la philosophie.
Devant lui, le monde craquelé ressemblait à une vieille horloge qui avait trop attendu.
Les montres pendaient comme des fruits fatigués, les secondes coulaient lentement, et les arbres morts semblaient compter les heures à rebours.
Alors il marcha.
Sans tête, mais avec un chapeau — question de dignité.
Il traversa le désert du temps, puis arriva dans un pays où les ballons rouges flottaient comme des pensées légères.
Chaque ballon portait un souvenir qu’il avait oublié : un rire, une chanson, une oie qui parle trop fort.
Plus loin, la mer l’accueillit.
Il ouvrit son parapluie rouge, non pas pour se protéger, mais pour saluer les vagues.
Les montgolfières tournaient au-dessus de lui comme des idées qui refusent de retomber.
Et puis, un escalier apparut dans les nuages.
Il monta, lentement, vers une lumière qui ne promettait rien — juste la curiosité.
Son parapluie tomba derrière lui, comme un point final.
Tout en haut, il trouva un chevalet.
Sur la toile, quelqu’un avait peint l’homme sans tête, assis dans le sable, regardant un tableau où il était lui-même assis dans le sable.
Il rit.
Un rire sans bouche, sans son, mais vrai.
Parce qu’au fond, il comprit :
on ne perd jamais sa tête quand on sait encore rire du monde.
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