Depuis mon opération, je n’arrive pas à remonter la pente.
On me dit : « Repos. Pas d’effort. Laissez votre corps récupérer. »
Alors je réponds :
« Vous avez un double à me prêter pour faire ce qu’il faut pour Jeanne ? »
Parce que la vie ne s’arrête pas quand le médecin dit “repos”.
Parce que Jeanne ne peut pas attendre que je sois remis.
Parce que je ne me plains jamais : c’est mon choix, ma route, ma vérité.
Même à genoux, je continuerais.
La santé, chez moi, ce n’est pas nouveau.
Depuis mes 35 ans, j’ai des problèmes de santé.
La douleur est devenue ma compagne de route.
On ne s’y habitue pas.
On vit avec.
Ce n’est pas pareil.
Alors oui, parfois je suis fatigué.
Parfois je n’ai plus de souffle.
Parfois je me demande comment je vais tenir la journée.
Mais je tiens.
Parce que Jeanne est là.
L’écriture, c’est mon refuge.
Ma bouée de secours.
Ma bouteille d’oxygène.
Quand j’écris, je respire.
Quand j’écris, je suis près d’elle.
Elle est ma muse, mon âme, ma mer.
Et puis il y a ces moments…
Ces petites fenêtres de lumière où elle se réveille un peu,
où elle dit un mot,
où elle sourit,
où elle goûte un repas et dit « c’est bon » —
ou l’inverse, avec la même sincérité.
Ce n’est plus la même communication qu’avant.
C’est un geste.
Un toucher.
Un sourire.
Un mot.
Mais elle est là.
Et ça suffit.
Il y a aussi ces instants qui me tiennent debout.
Comme quand je lui mets un poussin né à la maison dans les mains.
Elle le touche.
Elle sourit.
Et tout mon corps, malgré la douleur, dit :
« Continue. »
Ou quand mon aide a amené son nouveau chien.
Il est entré dans la maison,
il est venu sur ses genoux,
et il s’est couché là,
comme s’il savait.
Comme s’il sentait que Jeanne avait besoin de lui.
C’est pour ça que je me bats.
Pour qu’elle ait des perfusions.
Pour qu’elle ait ce qu’il faut.
Pour qu’elle reste vivante, digne, entourée.
Je ne suis pas un héros.
Je suis un homme fatigué, cabossé, douloureux,
mais qui aime.
Et tant que Jeanne sera là,
je serai là aussi.
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