Préface
Ce livre n’est pas un livre bien peigné.
Il n’a pas été repassé, ni poli, ni lissé pour plaire.
Il a des noeuds, des accrocs, des fautes d’orthographe volontaires,
des phrases qui grincent,
des mots qui débordent,
des silences qui cognent.
C’est normal.
C’est voulu.
C’est la mer.
Parce que la mer ne parle pas comme un professeur.
Elle parle comme une vieille bête vivante :
elle grogne, elle souffle, elle mord, elle caresse.
Elle ne met pas d’accents, elle ne corrige pas ses verbes,
elle dit ce qu’elle a à dire,
et si tu comprends, tant mieux.
Sinon, elle recommence, mais plus fort.
J’ai choisi d’écrire comme ça.
Comme on parle sur une digue,
comme on parle quand le vent te pousse sur le cul,
comme on parle quand on n’a plus le temps pour les fioritures.
Un dialogue rude, direct, sans nappe blanche.
Un dialogue de mer.
Et puis il y a Jeanne.
Sa maladie.
Ce qu’elle m’a pris.
Ce qu’elle m’a laissé.
Ce qu’elle a transformé en moi,
sans me demander mon avis.
Je n’ai pas cherché à enjoliver.
Je n’ai pas cherché à expliquer.
J’ai écrit comme j’ai vécu :
avec des trous,
des rafales,
des phrases qui tiennent debout parce qu’elles n’ont pas le choix.
Ce livre, c’est un chemin.
Un chemin de mer,
un chemin de vie,
un chemin où je marche encore,
avec Jeanne dans ma lumière
et la mer dans mon dos.
Si tu veux du propre, du lisse, du parfait,
ferme ce livre.
Il n’est pas pour toi.
Si tu veux du vrai,
du rugueux,
du vivant,
alors entre.
La mer t’attend