Chronique d'un matin ordinaire sous le Grand Encadrement
Il est 7h30, et la France s'éveille dans un silence de cathédrale. Sur les façades haussmanniennes repeintes aux teintes de la sobriété obligatoire, les banderoles rappellent à chacun la réalité du moment : « Stay Home - Curfew in Effect » et « Rationnement Obligatoire ».
Dans les rues pavées et humides, on ne marche plus, on avance en regardant ses chaussures. C'est la règle d'or du civisme visuel : lever les yeux, c'est risquer un regard suspect ; regarder le sol, c'est préserver sa tranquillité.
Sur le trottoir de gauche, la file d'attente s'étire en direction du bureau des tickets de rationnement. Les visages sont fermés, grisés par la routine de la pénurie. À l'angle, un passage obligé s'impose à tous : le dépôt obligatoire des téléphones portables dans de grandes bennes métalliques. Deux agents en armes veillent au grain, impassibles, s'assurant que plus aucun citoyen ne succombe au péché de la connectivité superflue. La déconnexion a enfin été rendue totale par décret.
Un peu plus loin, un groupe d'adolescents traverse la rue sous escorte militaire. Le code vestimentaire est scrupuleusement respecté pour éviter toute confusion administrative : les moins de 16 ans en bleu nuit, les moins de 18 ans en rose poudré. Destination ? Le centre de redressement, tout proche.
Sur un mur décrépi, une grande affiche jaune résume à elle seule la modernisation de la justice de proximité :
« Plus de jugement : directement au centre de redressement. Simplification administrative »
Plus de procédures interminables, plus d'encombrement des tribunaux. L'efficacité avant tout. Un pigeon, perché sur un lampadaire, observe la scène avec un air ironique, seul être vivant encore capable de voler en rond sans devoir justifier de son itinéraire.
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