Chers voisins du dimanche,
Il est temps de poser les cartes sur table et de remettre l'église au milieu du village — ou plutôt le poulailler au milieu du pré.
Depuis quelque temps, je constate avec un mélange de sidération et d'amusement la surenchère de gémissements, de cancans et d'accusations absurdes qui circulent à mon sujet. Alors, plutôt que de laisser les rumeurs de lotissement enflammer les esprits en manque de drame, voici la réalité des faits, noir sur blanc.
Point n° 1 : Mes animaux ne sont pas des criminels en cavale
Oui, mon paon a réussi à faire un trou dans sa volière et s'est envolé. Il s'est offert une balade. Est-ce qu'il a agressé quelqu'un ? Est-ce qu'il a dégradé vos façades ? Non. Il a juste rappelé à tout le monde qu'un animal a des ailes.
Oui, une cane s'est envolée une fois. Depuis, ses ailes ont été taillées dans les règles de l'art pour éviter tout nouvel écart.
Oui, un jeune coq s'est fait la belle une seule et unique fois.
Voilà pour le palmarès « catastrophique » de ma ménagerie. Trois événements isolés, zéro dégât, zéro préjudice. Il s'agit de vivant, de nature, de campagne. Si vous cherchiez des présences totalement immobiles et prévisibles, il fallait investir dans des nains de jardin en résine.
Point n° 2 : La grande fable des rongeurs
C'est le sommet du ridicule : on m'accuse désormais d'attirer les rats ! Réfléchissons deux minutes, si cela reste dans vos cordes.
À exactement 100 mètres d'ici se trouve une ferme en activité. Une ferme avec du grain, du stock, du passage. Un lieu de vie agricole classique, quoi. La présence de rongeurs dans le secteur est tellement connue et structurelle que la mairie elle-même distribue gratuitement des graines empoisonnées à qui en demande !
Mais selon votre logique sans faille, ce ne sont ni la ferme, ni les champs environnants, ni les cours d'eau qui attirent les rongeurs... Non, ce serait uniquement mes trois volailles et mes biquettes. C'est à se demander si les rats du canton n'ont pas un GPS réglé spécifiquement sur mon terrain. Restons sérieux cinq minutes.
Point n° 3 : Le syndrome du « campagnard d'opérette »
Nous touchons là au véritable fond du problème. Vous avez acheté une maison à la campagne pour la vue, le calme théorique et la photo Instagram avec le coucher de soleil sur les prés. Mais vous vouliez tout cela avec les prestations d'une résidence sécurisée en centre-ville : zéro bruit, zéro odeur, zéro imprévu, et un environnement entièrement aseptisé.
Vous voulez la verdure, mais sans les herbes hautes.
Vous voulez le décor bucolique, mais sans le chant du coq.
Vous voulez la proximité avec la nature, mais à condition qu'elle reste bien sagement derrière un grillage et ne fasse pas un décibel de trop.
Désolé de briser vos illusions : la campagne n'est pas un parc d'attractions, ni un décor de cinéma qu'on éteint le soir venu. C'est un espace de vie, d'agriculture et d'élevage. Les poules caquettent, les oies gardent leur territoire, les chèvres bêlent et les paons volent quand ils en trouvent l'occasion. C'est ce qui fait le charme et l'âme de nos villages.
En conclusion
Je n'ai aucune intention de transformer mon terrain en musée silencieux pour préserver la sensibilité de ceux qui regrettent le béton. Mes animaux sont nourris, soignés, suivis et aimés. Les rares incidents d'évasion ont été corrigés immédiatement.
Si le moindre battement d'ailes vous donne des sueurs froides, si une plume sur votre pelouse ressemble à un drame national et si la présence du vivant vous insupporte à ce point, il existe une solution simple : remontez en ville. Le bitume y est bien lisse, l'air y est débarrassé de toute odeur de foin, et vous pourrez pester contre le bruit des pots d'échappement plutôt que contre le chant des oiseaux.
À bon entendeur.
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