Le Gardien du Silence Doré
Au cœur du foyer où crépite le feu, je siège en vieux roi déchu de ses orages, les yeux ceints du verre clair qui déchiffre les destins, la barbe d'argent tissée par les siècles d'attente. Ils m'appellent Odin, mais ici, sous ce toit de bois et de pierre, je ne suis que la Sentinelle.
Voyez les ombres danser sur le mur. Elles n'ont plus peur de moi. Mes vieux corbeaux, Huginn et Muninn, juchés sur mes épaules comme des ornements d'ébène, se taisent. Leurs yeux de jais ne surveillent plus l'horizon pour des signes de guerre ; ils sont fixes sur le calme, sur la vie douce qui se tisse autour de nous.
À ma gauche, la lignée continue. Jeanne, mon sang et ma chair, avec la chevelure de feu des anciens jours, porte l'avenir. Et auprès d'elle, les enfants, ces petits astres nés du hasard, dont les rires résonnent comme des clochettes brisées par-dessus le chant du bois qui brûle. Ils ne savent pas, bien sûr, qu'ils sont la raison de ma trêve. Ils ne savent pas que je les regarde non pas avec la sévérité d'un dieu de jadis, mais avec la tendresse du plus humble des protecteurs.
Et là, à nos pieds, la douceur sauvage : la bête grise dont la loyauté est un rempart silencieux, et le petit félin noir qui ronronne sur mon genou, plus apaisant que n'importe quelle prophétie.
Tant que je suis là, les rumeurs du monde extérieur s'éteignent à notre porte. Les anciennes magies, les batailles oubliées, tout cela est derrière moi. Ma gloire est de voir ce moment, ce fragment de paix, où le passé et le futur se rejoignent autour de ma barbe d'ancêtre. Je suis le Gardien de ce silence doré. Et dans ce silence, mes bien-aimés, vous êtes en sécurité.
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