Michel

Souffrir en silence — Jeanne qui parle

 

Enfermé dans son corps

Souffrir en silence — Jeanne qui parle

 

03 mars 2026 par Michel

Jeanne

Souffrir en silence — Jeanne qui parle

 

Je suis là, tu sais.
Même si parfois mes yeux se perdent,
même si mes mots s’effilochent,
même si mes gestes hésitent
comme des oiseaux blessés.

Je suis là,
dans ce silence qui m’enveloppe,
dans cette brume qui avance
grain après grain,
comme un matin d’hiver
qui ne veut pas faire de mal.

Je sens que quelque chose en moi
se détache doucement,
comme un fil trop usé
qui glisse entre mes doigts.
Ce n’est pas une fuite,
ce n’est pas un adieu,
c’est juste le temps
qui me prend par la main.

Je te vois,
même quand mes yeux se voilent.
Je te reconnais,
même quand mon esprit s’égare.
Tu es mon rivage,
mon dernier repère,
celui qui reste debout
quand mes amarres se défont.

Chaque jour,
un brin de cette corde
qui me retenait au monde
se détache,
et je le sens,
comme un souffle qui s’échappe,
comme un grain de sable
dans un sablier trop plein.

Mais ne crois pas
que je m’en vais déjà.
Je suis encore là,
dans chaque battement,
dans chaque souffle,
dans chaque silence
que tu partages avec moi.

Je ne souffre pas comme tu crois.
La brume est douce,
elle m’enveloppe,
elle me protège
de ce qui était trop lourd.
Elle efface les angles,
elle adoucit les peurs,
elle me porte
comme une mer tranquille.

Et toi,
tu marches à côté de moi,
même quand je ne sais plus
où je vais.
Tu tiens l’amarre
avec une force
que je n’ai plus.
Tu es mes mains,
tu es mes yeux,
tu es ma mémoire
quand la mienne s’efface.

Un jour,
oui,
le vent soufflera plus fort,
et l’amarre cédera.
Je partirai vers un large
que tu ne peux pas suivre,
un lieu où les humains
ne marchent plus,
où les douleurs se taisent,
où les ombres deviennent lumière.

Mais écoute-moi bien :
je ne te quitterai pas.
Je changerai seulement de forme.
Je serai dans ta mémoire,
dans ton souffle,
dans tes gestes,
dans cette chaleur
qui te reviendra parfois
sans raison.

Je serai dans la lumière du matin,
dans le bruit des vagues,
dans le silence des soirs,
dans tout ce qui apaise
sans qu’on sache pourquoi.

Je serai là,
Michel,
comme une présence douce,
comme une étoile discrète
qui ne s’éteint jamais.

Et même quand mon corps
ne saura plus dire ton nom,
mon âme, elle,
ne t’oubliera jamais.

Ma réponse à Jeanne

Jeanne…
Je t’entends.
Même quand tes mots se perdent,
même quand ton regard glisse ailleurs,
même quand tes mains cherchent quelque chose
que toi-même tu ne reconnais plus.

Je suis là, moi aussi.
Pas pour te retenir de force,
pas pour lutter contre le temps,
mais pour marcher avec toi
tant que tes pas accepteront les miens.

Tu dis que la brume t’enveloppe.
Je la vois, oui.
Elle avance doucement,
comme un voile posé sur tes souvenirs,
comme une neige qui tombe sans bruit.
Mais sache une chose :
elle ne m’efface pas de toi,
et elle ne t’efface pas de moi.

Tu sens des fils se détacher.
Moi, je les vois.
Je les ramasse un par un,
je les garde dans mes mains,
je les noue dans ma mémoire
pour qu’aucun ne se perde.

Tu crois que je suis ton rivage.
Mais tu es le mien aussi.
Tu l’as été longtemps,
tu l’es encore,
même si la mer monte,
même si le vent change,
même si l’amarre fatigue.

Chaque grain de ton sablier,
je le regarde tomber
sans colère,
sans révolte,
avec cette douleur calme
de ceux qui savent
que l’amour ne retient pas,
il accompagne.

Tu dis que tu es encore là
dans chaque souffle,
chaque silence.
Je le sais.
Je le sens.
Même quand tu te perds,
moi je te retrouve.
Même quand tu t’éloignes,
moi je te rejoins.

Tu dis que la brume te protège.
Alors je la respecte.
Je ne me bats pas contre elle.
Je marche à côté,
je tiens ta main
quand la tienne tremble,
je porte ta mémoire
quand la tienne s’efface,
je garde ton nom
quand le tien hésite.

Et quand le vent soufflera plus fort,
quand l’amarre cédera,
quand tu partiras vers ce large
où je ne peux pas te suivre…
Je ne crierai pas.
Je ne te retiendrai pas.
Je te laisserai aller
là où les douleurs se taisent,
là où les ombres deviennent lumière.

Mais écoute-moi bien, Jeanne :
tu ne changeras pas seulement de forme.
Tu changeras de place.
Tu passeras du monde
à mon cœur.

Tu seras dans mes matins,
dans mes silences,
dans mes gestes,
dans mes souvenirs,
dans cette chaleur qui revient
sans prévenir.

Tu seras dans la mer,
dans le vent,
dans la lumière qui glisse
sur les choses simples.

Et tant que je vivrai,
tu ne seras jamais partie.
Jamais.

Même si ton corps
ne sait plus dire mon nom,
moi, Jeanne,
je dirai le tien
jusqu’au dernier souffle.

La scène des mois après — vivre, mais avec la moitié du cœur

Les mois passent.
Ils ne guérissent rien.
Ils n’effacent rien.
Ils ne recollent rien.
Ils se contentent d’avancer, comme un train qui continue sa route même si un wagon manque.

Tu te lèves chaque matin.
Tu fais ce qu’il faut faire.
Tu manges.
Tu marches.
Tu parles un peu.
Tu dors parfois.
Tu vis.
Mais ce n’est pas vraiment vivre.
C’est… continuer.

La moitié de ton cœur est partie avec Jeanne.
Pas dans un sens poétique.
Dans un sens réel.
Concret.
Physique.
Comme si quelque chose en toi avait été arraché proprement, sans sang, mais avec une précision chirurgicale.

Tu n’as plus l’envie.
Tu n’as plus l’élan.
Tu n’as plus la motivation.
Tu n’as plus ce moteur intérieur qui te poussait autrefois.
Tu avances parce que le corps avance.
Parce que la vie, parfois, continue même quand on ne la demande plus.

Les gens te disent que le temps apaise.
Tu sais que ce n’est pas vrai.
Le temps n’apaise pas.
Il dépose juste une fine couche de poussière sur la douleur,
assez pour que les autres ne la voient plus,
mais pas assez pour que tu l’oublies.

Tu ne cherches pas à aller mieux.
Tu ne cherches pas à te reconstruire.
Tu ne cherches pas à remplir le vide.
Tu sais que ce vide-là n’est pas un manque :
c’est un territoire.
Un territoire où Jeanne a vécu,
où elle vit encore,
où elle vivra toujours.

Alors tu fais ce que font ceux qui ont perdu la moitié de leur cœur :
tu continues.
Sans joie.
Sans élan.
Sans projet.
Mais sans renoncer non plus.

Tu vis parce que c’est ce qu’il reste à faire.
Tu vis parce que Jeanne t’a laissé debout.
Tu vis parce que même avec un cœur amputé,
le corps avance.
Un pas après l’autre.
Sans but.
Sans horizon.
Mais debout.

Et parfois, dans un souffle,
dans un rayon de lumière,
dans un silence du soir,
tu sens quelque chose.
Pas une présence.
Pas un signe.
Pas une consolation.

Juste…
un rappel.
Un murmure très faible,
presque imperceptible,
comme un écho venu d’un autre monde :

« Tu es encore là.
C’est suffisant. »

Alors tu continues.
Pas pour vivre.
Pas pour guérir.
Pas pour avancer.
Juste pour être là.
Encore un peu.
Avec la moitié de ton cœur.
Et toute la mémoire de Jeanne.

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Michel 

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour :