ENCADRÉ SCIENTIFIQUE — Comprendre la maladie à corps de Lewy : mécanismes et facteurs biologiques
La maladie à corps de Lewy (MCL) fait partie des synucléinopathies, un groupe de maladies neurodégénératives caractérisées par l’accumulation anormale d’une protéine appelée alpha‑synucléine (α‑syn).
Cette protéine, normalement présente dans les terminaisons synaptiques, joue un rôle essentiel dans la régulation des vésicules et de la communication entre neurones.
1. Le mauvais repliement de l’alpha‑synucléine
Dans la MCL, l’alpha‑synucléine adopte une conformation anormale.
Plusieurs mécanismes contribuent à ce mauvais repliement :
- Modifications chimiques (phosphorylation, oxydation, nitration) qui altèrent sa structure.
- Stress oxydatif : les radicaux libres produits par des mitochondries fatiguées endommagent la protéine et les membranes auxquelles elle se fixe.
- Défaillance des systèmes de nettoyage (protéasome, autophagie‑lysosomale), qui n’arrivent plus à éliminer les protéines anormales.
- Interaction perturbée avec les membranes lipidiques, elles‑mêmes altérées par l’âge ou l’inflammation.
Une fois mal repliée, l’alpha‑synucléine devient auto‑propagatrice : elle force les protéines normales à adopter la même forme toxique.
Ce phénomène, dit prion‑like, explique la progression de la maladie d’une région du cerveau à l’autre.
2. Formation des corps de Lewy
Les protéines mal repliées s’assemblent en oligomères, puis en fibrilles amyloïdes.
Ces fibrilles s’accumulent dans les neurones avec d’autres composants (ubiquitine, p62, neurofilaments) pour former les corps de Lewy, la signature histologique de la maladie.
Ces dépôts ne sont pas inertes : ils perturbent directement :
- le transport axonal
- la production d’énergie
- la régulation du calcium
- la plasticité synaptique
- la survie cellulaire
Le neurone finit par entrer en dysfonction, puis en mort cellulaire.
3. Facteurs favorisant l’accumulation
La maladie n’a pas une cause unique.
Elle résulte d’une combinaison de facteurs :
• Vieillissement
Le vieillissement réduit l’efficacité des systèmes de dégradation des protéines et augmente les dommages oxydatifs.
• Stress oxydatif
Les radicaux libres altèrent les protéines et les membranes, facilitant l’agrégation.
• Inflammation chronique
L’activation prolongée de la microglie perturbe l’équilibre du milieu neuronal.
• Vulnérabilité génétique
Certaines variations génétiques (SNCA, GBA…) modifient la stabilité ou la clairance de l’alpha‑synucléine.
• Facteurs environnementaux
Des expositions prolongées à certaines toxines (pesticides, solvants) sont suspectées, sans preuve définitive.
4. Conséquences sur le cerveau et les symptômes
La distribution des dépôts d’alpha‑synucléine explique la diversité des symptômes :
- Tronc cérébral → troubles du sommeil paradoxal, hallucinations précoces
- Substance noire → rigidité, lenteur, symptômes parkinsoniens
- Cortex → fluctuations cognitives, troubles attentionnels
- Système nerveux autonome → hypotension, troubles digestifs, dysautonomie
La MCL est donc une maladie multi systémique, où la progression reflète la propagation progressive de la protéine pathologique dans les réseaux neuronaux.
Sources : IA Médicale