Ce que les aidants ne disent pas
Ils disent “ça va”.
Parce que c’est plus simple.
Parce que c’est plus acceptable.
Parce que dire “je vais mal” demanderait trop d’explications, trop de justifications, trop de courage.
Mais derrière ce “ça va”, il y a des corps épuisés.
Des nuits sans sommeil.
Des matins où il faut se lever alors qu’on n’a pas dormi.
Des journées où chaque geste est un combat contre l’usure.
Et des soirs où l’on s’effondre sans bruit, parce qu’il faut recommencer demain.
Les aidants ne disent pas qu’ils ont mal.
Parce que leur douleur semble secondaire.
Parce qu’ils ont appris à s’effacer.
Parce qu’ils ont intégré que leur souffrance n’est pas prioritaire.
Ils ne disent pas qu’ils pleurent parfois dans la cuisine.
Qu’ils ont peur.
Qu’ils se sentent seuls.
Qu’ils ne savent plus qui ils sont, en dehors du rôle qu’ils tiennent.
Ils ne disent pas qu’ils ont envie de fuir, parfois.
Pas parce qu’ils n’aiment pas.
Mais parce qu’ils n’en peuvent plus.
Parce que le poids est trop lourd, trop constant, trop silencieux.
Ils ne disent pas qu’ils culpabilisent.
D’être fatigués.
D’avoir des pensées de fuite.
D’avoir besoin d’air, de repos, de répit.
Ils ne disent pas qu’ils ont mal au dos, aux bras, à l’âme.
Qu’ils vivent dans une tension permanente.
Qu’ils ne peuvent pas se permettre de tomber malades.
Qu’ils n’ont pas le droit de flancher.
Ils ne disent pas qu’ils sont invisibles.
Que les démarches administratives les épuisent.
Que les regards les jugent.
Que les aides sont conditionnées, limitées, parfois absurdes.
Ils ne disent pas qu’ils ont besoin d’aide.
Parce qu’ils ont peur qu’on les prenne pour des incapables.
Parce qu’ils ont peur qu’on les remplace.
Parce qu’ils ont peur qu’on les oublie.
Ils ne disent pas qu’ils ont besoin d’être vus.
Juste un instant.
Juste pour qu’on leur dise :
“Je vois ce que tu fais.
Je vois ce que tu traverses.
Et je te remercie.”