Poème — Le silence n’est pas une fin
Oh, ce silence,
Qui peu à peu
A envahi ma vie,
Comme une brume lourde
Qui s’insinue dans les murs
Et s’accroche à mes pas.
Cette démence,
Qui, comme un jeu cruel,
Trouble ton esprit,
Efface les contours,
Dissout les certitudes,
Et me laisse seul
À deviner ce qu’il reste de toi.
Oh, cette absence,
Si loin de moi,
Cette distance
Où tu te noies,
Sans un cri,
Sans un geste,
Comme si le monde
S’était refermé sur toi.
Comme un torrent
Des larmes du passant,
C’est là, dans ma demeure,
Que tu restes cloîtré,
Prisonnier d’un royaume
Que je ne peux plus atteindre.
Défilent les souvenirs,
Tes regards, tes sourires,
Ces éclats de lumière
Qui autrefois guidaient mes pas.
C’est ici, où tu t’éloignes de moi,
Que tu restes prostré,
Ombre fragile
De ce que tu fus.
Je n’oublie rien :
Ni le bonheur, ni la souffrance,
Les cris et les pleurs,
Ni les joies, ni les peurs.
Je n’oublie rien,
Rien de cette dés errance,
Ce chemin brisé
Où je marche seul
À côté de toi.
Oh, ce silence,
Si léger et si lourd,
Qui crie si fort
Que doucement
J’en deviens sourd.
Un silence qui frappe,
Qui cogne,
Qui ronge,
Jusqu’à effacer
Le son même de mon nom.
Oh, cette absence,
Qui s’étire comme une nuit sans fin.
Oh, cette mort sournoise,
Lentement,
Si lentement,
Qui avance à pas feutrés
Dans les plis de ton esprit,
Et me vole,
Jour après jour,
Ceux que nous étions.
Et moi,
Je reste là,
À veiller sur ton souffle,
À retenir ton ombre,
À lutter contre l’invisible,
À aimer encore
Ce qui s’efface déjà.
Je parle tout bas,
Pour ne pas te perdre,
Pour ne pas troubler
Le fil fragile
Qui te relie encore au monde.
Je parle tout bas,
Comme on parle aux disparus
Qui respirent encore.
Je marche dans la maison
Comme dans un mausolée,
Chaque pièce porte ton nom,
Chaque silence ton absence.
Je te cherche
Dans les plis du fauteuil,
Dans la trace d’un parfum,
Dans la mémoire d’un geste
Que tu ne fais plus.
Et pourtant,
Dans ce désert,
Je continue d’aimer.
Aimer ce qui reste,
Aimer ce qui fuit,
Aimer ce qui s’efface,
Aimer ce qui meurt.
Et dans ce silence
Qui ronge les heures,
Je pose ma main
Sur ton absence.
Je ne dis rien.
Je reste là.
Et dans ce presque‑rien,
Je t’aime encore.