Michel

Poème

Les saisons que l’on traverse sans les vivre

 

Les saisons que l’on traverse sans les vivre

 

Poème en Alexandrins

J’ai choisi d’écrire sur cette étrange course humaine qui consiste à vouloir toujours être ailleurs, plus loin, plus tard.
En janvier, on rêve déjà du printemps.
En mars, on brûle d’être en été.
En juillet, on attend les vacances comme une délivrance.
Et dès que l’automne approche, on projette Noël comme un refuge anticipé.

Ainsi passent les saisons : non pas vécues, mais désirées.
Non pas habitées, mais consommées à l’avance.
Chaque période devient un simple couloir vers la suivante, un prétexte pour fuir ce qui est là, maintenant.

Dans ce texte, je veux interroger cette fuite vers le futur, cette incapacité à tenir dans le présent, cette manière de traverser le temps sans jamais s’y arrêter.
Je veux parler des saisons comme de miroirs : chacune porte sa lumière, son rythme, sa respiration propre, mais nous les traversons les yeux tournés vers ce qui vient après.

Ce n’est pas un reproche.
C’est une observation.
Une manière de dire que la vie se dissout quand on la projette trop loin.
Que le froid de janvier, la montée de sève d’avril, la chaleur dense de juillet et la lenteur d’octobre ont chacun leur nécessité.

Ce texte est une tentative de réapprendre à être là, dans la saison qui nous traverse, sans vouloir déjà la remplacer.

Les saisons que l’on traverse sans les vivre

Version Alexandrins

 

18 janvier 2026 par Michel

Saisonc2

Poème en alexandrins — Les saisons que l’on traverse sans les vivre

En janvier, dans le froid, l’homme rêve à l’avril,
à la sève qui monte et dissout l’immobile.
Il traverse l’hiver comme un couloir trop long,
les yeux déjà tournés vers un futur plus blond.

Quand février s’étire en ses brumes glacées,
il cherche un autre ciel, une autre immensité.
Il voudrait que la terre accélère sa ronde,
que le temps se déplie comme une voile au monde.

Vient mars, et déjà l’âme appelle un autre feu :
le printemps n’est qu’un seuil vers un été plus bleu.
À peine la lumière effleure les ramures
qu’il rêve de chaleur, de plages, d’aventures.

En avril, en mai, quand renaissent les jours,
il brûle d’être ailleurs, plus loin, dans d’autres cours.
Le parfum des jardins n’est qu’une avant‑promesse
d’un soleil plus entier, d’une vaste allégresse.

Juin s’ouvre, et l’été se profile à grands pas,
mais l’homme, impatient, ne le goûte déjà pas.
Il compte les semaines avant les escapades,
il vit dans l’horizon, jamais dans les façades.

Juillet, lourd de chaleur, lui semble encore trop court ;
il rêve d’un ailleurs, d’un autre bout du jour.
Même l’ombre des pins, même l’or des rivages
ne suffisent jamais à calmer son voyage.

Quand août se referme en un souffle alangui,
il pense à la rentrée, au temps qui fuit, qui fuit.
Il traverse l’instant comme on traverse un fleuve,
sans sentir sous ses pas la fraîcheur qui se meut.

Septembre, en son velours, n’est qu’un prélude obscur
à l’automne attendu comme un refuge sûr.
Il voudrait déjà voir les lumières de fête,
les guirlandes, les voix, les promesses secrètes.

Octobre, en ses couleurs, n’a pas le temps d’exister :
on rêve de décembre avant de l’habiter.
Les feuilles tombent, oui, mais l’homme ne les voit guère ;
il pense aux nuits de neige et aux repas de pierre.

Novembre, en son silence, annonce les flambeaux,
et l’on court vers Noël comme vers un château.
Mais quand décembre vient, l’esprit, déjà volage,
désire un autre temps, un autre paysage.

Ainsi passent les mois, ainsi fuit chaque saison :
l’homme vit dans l’après, jamais dans la maison.
Il traverse le temps comme un hôte distrait,
ignorant que le jour est un royaume discret.

Et la terre, pourtant, lui murmure en secret :
« Habite chaque souffle, écoute chaque trait.
Le présent est un sol que nul vent ne déplace.
Qui court vers l’avenir se perd dans son espace. »

Version ésotérique, runique et prophétique

Dans ce texte, j’ai repris la même trame que le poème d’origine — celui qui parlait simplement des saisons, de la fuite vers le futur, de l’incapacité à habiter le présent.
Mais j’ai choisi de le transmuter, de le faire passer dans une autre dimension :
celle des oracles, des runes, des miroirs brisés et des langages occultes.

J’ai travaillé le texte comme un alchimiste travaille la matière :
en le fracturant, en le reflétant, en le dédoublant.
Chaque vers répond à un autre, parfois en miroir, parfois en opposition, parfois en écho lointain.
La structure devient fractale : un motif apparaît, disparaît, revient sous une autre forme.
Certains mots sont inventés, mais ils obéissent à une logique interne, presque rituelle.
Ils ne sont pas là pour décorer : ils servent de clés, de sceaux, de symboles.

L’ensemble prend une tonalité proche de Nostradamus :
prophétique, sibylline, volontairement obscure.
Un texte qui ne se livre pas d’un seul regard,
qui demande d’être déchiffré,
qui oblige le lecteur à revenir au poème initial pour comprendre ce qui a été transmuté.

Ce n’est plus un simple poème sur les saisons.
C’est une stèle, un cryptogramme, une écriture runique qui parle du temps,
de la fuite humaine, et de ce qui se perd quand on refuse d’habiter l’instant.

Les saisons que l’on traverse sans les vivre

Version ésotérique, runique et prophétique

 

18 janvier 2026 par Michel

Saisonc

Poème en alexandrins — Fractura Temporum (version runique et alchimique)

Quand l’ombre de Janvre ouvre un cercle inversal,
le givre écrit Tham‑Sol, mot d’un métal basal.
Trois sigils sans contour vibrent sous la pelisse,
et l’air, en se pliant, renverse la prémisse.

Févrile Févrion, dans son repli d’argile,
trace un Orbe‑Ner muet sous la neige immobile.
Le pas devient Dra‑Pas, le souffle Ul‑Serein,
et l’heure, en se fendant, dévore son écrin.

Mars, double et demi‑clos, reflète un astre en cendre :
l’un monte vers l’été, l’autre refuse d’être.
Dans le miroir brisé, l’homme lit Sol‑Avenir,
mais l’éclat se replie avant de revenir.

Avril, sous Vrila‑Lune, ourdit trois spiracées :
une d’eau, une d’ombre, une d’aube effacée.
La fleur dit Ner‑Sélune, mais l’écho se déchire,
et l’homme, sans le voir, marche vers son empire.

Mai, dans un souffle clos, devient Mai‑Miroir‑Mai,
et l’été, sans paraître, glisse en Sol‑Dédal‑Frai.
Le jour porte un secret que la nuit désassemble,
et l’ombre, en se pliant, redevient ce qu’elle tremble.

Juin, sous Jun‑Oris, renverse l’hémicycle :
le temps devient Bi‑Temps, l’instant devient article.
L’homme lit Ner‑Ner, double signe sans fin,
mais le signe se brise avant de faire lien.

Juillet, sous Jul‑Rune, étend trois éclats ternes :
un pour l’ombre en retard, un pour l’heure en lanterne,
le dernier pour le vent qui refuse de choir
dans la saison présente où s’efface le soir.

Août, dans Aust‑Osseum, ferme l’ultime brèche.
Le sol écrit Pas‑Sol, mais l’écriture sèche.
Le pas devient Pas‑Nul, le nom devient Non‑Nom,
et l’homme, en se cherchant, se perd dans son fantôme.

Septembre, en Sept‑Sépia, porte un sceau runiforme :
un signe dans le vent, un autre sans sa forme.
L’automne ouvre Tham‑Trois, portail d’un double choix,
mais l’homme, déjà loin, n’entend plus cette voix.

Octobre, en Oc‑Tobre, dit l’énigme ultime :
un mot sans alphabet, un souffle sans stigme.
L’hiver, en se levant, reflète Hiv‑Hiver‑Haut,
et l’homme lit sa trace au fond d’un faux tableau.

Décembre, en Dec‑Membre, renverse la spirale :
le pas devient Pas‑Fut, l’ombre devient fractale.
Ainsi tourne l’orbe où s’efface la saison :
qui fuit l’instant présent perd sa propre raison.

Et la terre murmure, en Ter‑Rune‑Souterre :
« Celui qui lit les mois sans traverser la terre
marche dans un futur qui n’a jamais de forme.
Les saisons sont des sceaux  et l’homme, leur informe. »

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Michel Autef

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour : 27/01/2026