La Chevauchée des Ombres
Dans le vent noir qui ronge les plaines fatiguées,
Tu avances, chevalier, silhouette déchirée.
La lande est froide, le ciel pèse comme un glas,
Et pourtant tu marches, encore, tu ne cèdes pas.
Dans le vent noir qui ronge les plaines fatiguées,
Tu avances, chevalier, silhouette déchirée.
La lande est froide, le ciel pèse comme un glas,
Et pourtant tu marches, encore, tu ne cèdes pas.
Les moulins se dressent, géants d’ombre et de bois,
Leurs ailes tournent comme des sentences sans voix.
Ils ne te voient pas, ils ne voient jamais rien,
Mais toi, tu les défies, seul, contre leur destin.
Tu sais qu’ils ne tomberont pas sous ton acier,
Tu sais que le monde ne veut plus de chevaliers.
Mais tu refuses la nuit, tu refuses la poussière,
Tu refuses de mourir sans défendre la lumière.
Et moi, ton écuyer, je marche dans ton ombre,
Je porte tes silences, je recueille tes décombres.
Je vois ta fatigue, ta colère, ta noblesse,
Et je sais que ton combat est plus grand que tes faiblesses.
Car tu ne luttes pas pour la gloire ou le chant,
Tu luttes pour l’idée qu’un homme reste vivant
Quand tout autour de lui se délite et s’effrite,
Quand la foule renonce, quand la raison s’évite.
Tu luttes pour les tiens, pour ceux qui viendront après,
Pour que leurs pas ne glissent pas dans la boue des regrets.
Tu luttes pour un monde que tu ne verras plus,
Mais que tu refuses de laisser entièrement perdu.
Les moulins grondent, immenses, indifférents,
Leur souffle est un hiver qui traverse le temps.
Mais toi, tu lèves ta lance, et dans ton geste usé
Il y a plus de courage que dans mille armées.
Tu es l’homme qui avance quand tout recule,
Le dernier phare debout dans la brume qui brûle.
Tu es Don Quichotte, oui mais pas celui qu’on raille :
Tu es celui qui tient la ligne quand tout le reste déraille.
Et moi, ton écuyer, je te suis sans détour,
Car il faut deux silhouettes pour traverser les jours.
Un fou pour défier l’ombre, un autre pour la porter,
Deux cœurs un peu brisés pour continuer d’avancer.
Alors marche, chevalier, dans la nuit qui s’étend,
Marche contre les moulins, marche contre le vent.
Car même si le monde ne comprend pas ta route,
Tu es l’homme qui résiste quand tout le reste doute.
Et tant que tu marches, tant que tu tiens ta lance,
Il restera dans la nuit une trace d’espérance.
Une braise, un éclat, un souffle incandescent,
Un signe que l’homme peut encore être vivant.