La Mer des Sérénités
Dans la mer des sérénités,
les alizés virevoltent
comme un goéland planté dans le ciel du monde,
immobile et pourtant vibrant,
gardien silencieux d’un horizon qui ne sait plus où se poser.
Le vent glisse sur l’eau
comme une main qui apaise,
comme si la bienveillance avait encore la force
de recouvrir la terre
d’un voile léger, fragile,
un dernier tissu de douceur
dans un monde qui s’effiloche.
Mais derrière cette lumière,
les ombres avancent.
L’argent, le pouvoir, la richesse
ces dieux modernes sans visage
pèsent plus lourd
que la vie d’un enfant.
Un enfant qui n’a rien demandé,
rien choisi,
rien provoqué,
et qu’on jette pourtant
dans les guerres de pétrole,
dans les frontières qui saignent,
dans les calculs froids
des hommes qui ne voient plus les hommes.
Le monde tourne à l’envers
et fait semblant de ne pas entendre
le cri muet de ceux qui tombent.
On compte les profits,
on oublie les prénoms.
On signe des traités,
on efface des destins.
On parle de stratégie,
on tue des innocents.
Et pourtant,
les alizés continuent de souffler.
Ils passent au‑dessus des villes,
au‑dessus des ruines,
au‑dessus des frontières absurdes
que les hommes tracent pour mieux se déchirer.
Ils rappellent, obstinés,
que le ciel n’a pas de compte en banque,
que la mer ne connaît pas la spéculation,
que la vie, elle,
ne se négocie pas.
Dans ce monde qui s’endurcit,
je regarde la mer
comme on regarde une vérité ancienne.
Elle ne ment pas.
Elle ne triche pas.
Elle ne choisit pas ses victimes.
Elle porte, elle avale, elle rend.
Elle sait ce que les hommes ont oublié.
Je sais, je tape dur.
Mais comment faire autrement
quand le silence des innocents
pèse plus lourd
que toutes les richesses du monde.
Alors j’écris,
comme on lance une bouteille à la mer,
dans l’espoir que quelqu’un, quelque part,
entende encore
le bruit d’un cœur qui refuse de se taire.