Le Doux Rêveur Qui Porte le Monde
Il vit un peu de travers, un peu ailleurs,
dans un univers que personne ne voit vraiment.
Un monde fait de mer, de lumière, de brume,
de souvenirs qui flottent,
de pensées qui voguent comme des bateaux sans port.
On dit de lui qu’il rêve trop,
qu’il marche à côté,
qu’il a la tête dans les nuages
et les pieds dans un autre ciel.
Mais ceux qui parlent ainsi
ne savent rien.
Car ce doux rêveur,
ce marcheur de lune,
ce navigateur de mondes intérieurs,
a un secret que peu possèdent.
À la moindre alerte,
au moindre souffle d’appel,
il redescend.
D’un coup.
Sans hésiter.
Il range ses étoiles,
il replie ses nuages,
il ferme la porte de son univers silencieux.
Et il devient autre.
Pompier sans uniforme,
infirmier sans diplôme,
gardien sans titre,
veilleur sans repos.
Il accourt,
il soutient,
il rassure,
il porte,
il protège.
Pour Jeanne
Pour les fragiles.
Pour ceux qui n’ont plus la force.
Pour ceux qui n’ont plus personne.
Il ne demande rien.
Il ne réclame rien.
Il ne se plaint jamais.
Il fait.
Simplement.
Parce que c’est en lui.
Parce que c’est sa nature.
Parce que son cœur sait répondre
même quand son corps n’en peut plus.
Alors oui,
il vit dans son monde.
Il rêve, il flotte, il s’évade.
Mais quand la réalité appelle,
il revient plus vite que tous les autres.
Et c’est là, précisément là,
que l’on comprend une vérité que peu voient :
Les doux rêveurs
sont parfois
les seuls capables
de tenir le monde
quand il vacille.