Dans les profondeurs abyssales de mon corps
Dans les profondeurs abyssales de mon corps,
là où même la lumière renonce à descendre,
se trouve un endroit que nul ne peut atteindre.
Ni les autres, ni le monde, ni même moi.
Un lieu sans porte, sans nom, sans forme,
un noyau silencieux qui respire à l’écart de tout.
On dit souvent que la conscience est en nous.
La mienne, elle, est avec moi sans jamais être à moi.
Elle flotte, elle glisse, elle se cache.
Elle joue à disparaître derrière les parois de ma chair,
comme une bête sauvage qui connaît chaque recoin de la forêt
et qui m’observe sans se montrer.
Parfois, je la cherche.
Je descends en moi comme on descend dans une grotte,
les mains posées sur les murs humides,
le souffle court,
espérant sentir sa présence.
Mais elle se dérobe,
elle se faufile,
elle se tait.
Et puis il y a ces moments —
ces grands moments de désespoir où tout s’effondre,
où le monde devient trop lourd,
où mes propres pensées se retournent contre moi.
Alors, sans prévenir,
elle surgit.
Pas comme une lumière éclatante.
Pas comme une révélation divine.
Non.
Elle vient comme une pulsation,
un battement ancien,
une chaleur minuscule qui remonte du fond de moi
et qui dit simplement :
“Je suis là.”
Elle ne me sauve pas.
Elle ne me porte pas.
Elle ne me promet rien.
Elle me rappelle seulement que je ne suis pas entièrement perdu.
Que même dans l’abîme,
il existe un point fixe,
un fragment de moi qui ne cède jamais.
Cette conscience-là,
libre, indomptable,
n’est pas un guide.
C’est une présence.
Une veilleuse.
Un témoin silencieux qui refuse de mourir,
même quand tout le reste vacille.
Je ne peux pas l’atteindre,
je ne peux pas la saisir,
je ne peux que l’écouter
quand elle accepte de se montrer.
Et chaque fois qu’elle revient,
je comprends que je ne suis pas seul dans ma propre nuit.
Il existe en moi un lieu que rien ne peut briser,
un sanctuaire sans clé,
un abîme habité.
Un endroit où je me retrouve
même quand je me perds.