L’ombre de moi même
Dans les recoins les plus obscurs de mon être,
là où même mes propres pas hésitent à entrer,
la douleur a dressé son camp.
Elle ne frappe pas, elle ne crie pas.
Elle s’installe.
Elle respire avec moi.
Elle devient une présence familière,
une ombre qui connaît déjà la forme de mes silences.
Elle glisse dans mes veines comme une encre noire,
s’insinue dans mes gestes,
alourdit mes paupières,
et transforme chaque heure en un territoire à traverser.
Les jours se succèdent, identiques,
comme des pierres alignées sur un chemin que je n’ai pas choisi.
Les nuits s’étirent, interminables,
et je marche en elles comme on marche dans une forêt sans lune.
Chaque souffle est un soupir,
chaque mouvement un effort,
chaque pensée un détour pour éviter l’endroit qui fait trop mal.
Mon esprit cherche un refuge,
un interstice, une fissure,
un lieu où poser ce poids qui ne cesse de croître.
Mais la douleur revient toujours,
fidèle comme une ombre,
gravée comme une marque ancienne
que rien ne parvient à effacer.
Les rires du monde me parviennent comme des échos déformés,
lointains, presque irréels.
Les sourires autour de moi semblent faits de verre,
fragiles, prêts à se briser au moindre souffle.
Mon cœur, dispersé en éclats invisibles,
cherche encore une cohérence,
une forme,
un rythme qui ne tremble pas.
Les larmes coulent parfois sans prévenir,
comme si mon corps savait ce que je refuse d’admettre.
Elles tracent sur mes joues des chemins salés
que personne ne voit,
que personne ne devine.
Chaque battement de mon cœur
résonne comme une plainte étouffée,
un appel sans voix,
une vibration qui cherche un sens.
Je marche dans mes jours comme on marche dans un brouillard épais,
à tâtons,
cherchant des murs invisibles,
des repères qui se dérobent.
La souffrance avance à mes côtés,
compagnon silencieux,
dans ce voyage que je n’ai jamais demandé.
Elle s’assoit avec moi,
elle veille quand je dors,
elle murmure quand je voudrais oublier.
Chaque sourire que je montre
cache une fissure profonde.
Chaque rire que je laisse échapper
dissimule une fatigue ancienne.
Je porte ce fardeau en silence,
comme tant d’autres,
espérant sans le dire
que quelque chose finira par s’alléger.
Pourtant, au cœur même de cette nuit intérieure,
dans cet espace où tout semble figé,
une lueur persiste.
Minuscule.
Fragile.
Mais réelle.
Une étincelle qui refuse de mourir,
une force discrète, enfouie,
qui me pousse à avancer encore,
à respirer encore,
à croire encore.
Elle ne promet pas la fin de la douleur,
ni le retour d’un monde simple.
Elle dit seulement ceci :
même dans l’ombre la plus dense, quelque chose en moi continue de vouloir vivre.