“Le motif qui revient”
Il y a des soirs où la vie glisse doucement hors de portée,
comme une barque qui s’éloigne sans bruit,
laissant derrière elle un sillage que personne ne voit.
On marche alors dans sa propre existence
comme dans une maison trop grande,
où chaque pièce résonne d’un souvenir qui ne sait plus très bien où se poser.
Et toujours, quelque part,
revient ce même motif,
ce souffle discret qui ramène à la réalité.
On avance lentement,
comme si chaque pas devait être négocié avec le monde.
On écoute le silence,
on écoute la fatigue,
on écoute ce qui tremble à l’intérieur.
On voudrait parfois s’arrêter,
laisser la nuit refermer tout,
mais le motif revient,
inlassable,
comme une main posée sur l’épaule.
La vie n’est pas droite.
Elle se tord, elle se plie,
elle se dérobe.
Elle nous prend par surprise,
nous laisse au bord du chemin,
nous ramène,
nous perd encore.
Et dans ces détours,
dans ces ombres,
dans ces minutes où l’on ne sait plus très bien qui l’on est,
le motif revient,
comme une note tenue trop longtemps,
comme un rappel doux et obstiné.
On nous parle de courage,
de force,
de se détruire pour l’autre,
de tenir une place que personne ne comprend vraiment.
On nous parle comme si tout cela était simple,
comme si aimer était un devoir,
comme si la douleur avait des règles.
Mais la vérité est ailleurs.
La vérité est dans ce lien silencieux,
dans cette fidélité qui ne s’explique pas,
dans cette présence qui ne demande rien.
La vérité est dans ce simple fait :
on s’aime.
Et c’est cela,
toujours,
qui ramène à la réalité.
Il y a des jours où l’on se sent vieux avant l’heure,
fatigué d’avoir trop porté,
trop veillé,
trop aimé peut-être.
On regarde la lumière glisser sur les choses
et on se dit que tout cela va trop vite,
que tout cela s’efface trop facilement.
Mais même là,
dans cette mélancolie qui s’étire,
le motif revient,
comme une respiration qu’on croyait perdue.
Alors on continue.
On avance dans la nuit comme dans un rêve trop lourd,
on porte ce qui doit être porté,
on garde vivante la petite flamme,
même quand le vent souffle trop fort.
On devient pierre,
on devient souffle,
on devient ombre et lumière à la fois.
Et chaque fois que l’on vacille,
chaque fois que l’on croit tomber,
le motif revient,
comme une note de piano qui ne veut pas mourir.
Il n’y a pas de morale.
Pas de leçon.
Pas de victoire.
Juste cette lente traversée,
cette manière de rester debout malgré tout,
cette façon de tenir la main de la vie
même quand elle tremble.
Et dans cette traversée,
dans cette nuit,
dans cette musique intérieure,
le motif revient encore,
et encore,
et encore.
Comme la Sonate au clair de lune.
Comme le motif musical.
Comme le motif du texte.
Le motif qui revient.