Songe d’une nuit d’été
Dans la pénombre d’une nuit sans lune,
on entend les vagues mourir sur la plage,
doux bruit de ressac,
comme une respiration ancienne.
On devine la mer
immense, noire, étale
qui va jusqu’aux Amériques
sans jamais se montrer.
Juste l’odeur de l’iode,
des algues,
du sel qui colle à la peau.
On s’allonge sur le sable,
le dos dans le froid,
le visage dans le ciel,
et les étoiles tournent lentement
dans un balai stellaire,
comme si la nuit elle-même
prenait soin de nous.
Dans la brise du vent,
la lumière de la lune réapparut un instant,
se recache aussitôt,
comme si elle retenait son souffle
avant de re disparaitre à jamais.
Alors tout se fige.
Un silence profond descend sur la plage,
un silence qui n’est pas vide,
mais plein d’attente.
On sent le monde suspendu,
comme si la nuit préparait quelque chose.
Puis, très haut,
un groupe d’oies sauvages traverse le ciel,
leurs silhouettes sombres découpées dans la nuit,
formant un V
le V de la victoire,
le V du voyage,
le V de la vie qui continue.
Parties d’Afrique,
elles montent d’un seul coup d’ailes
vers les fjords du Nord,
là où la glace respire encore,
là où elles iront poursuivre leur descendance,
fidèles à un chemin que personne ne leur a appris.
Elles repasseront à l’automne,
comme toujours,
comme depuis des millénaires.
C’est le cycle de la vie,
le grand cercle silencieux
que même la nuit sans lune respecte.
Et quand leur cri s’éteint,
le ciel retombe dans son calme.
Un souffle passe, léger,
comme si la nuit refermait doucement la porte
derrière le vol des migratrices.
La plage retrouve son rythme,
et le monde recommence à respirer.
Alors, un instant encore,
tu sens le sable sous ton dos,
la fraîcheur de la nuit sur ta peau,
comme si le monde te retenait
avant de te rendre au jour.
Et toi, allongé sur le sable,
tu regardes ce ballet ancien,
ce passage d’ailes dans le noir,
et tu sens que le monde tourne,
même quand tout semble immobile.