Michel

Jeanne, Psychanalyste Diplômée de la Grange 

Jeanne, Psychanalyste Diplômée de la Grange 


9 juillet 2026 par Michel

Lewy

Ce matin, j’ai décidé d’être un homme sérieux.
J’ai pris mon carnet, mon stylo, mon café (déjà tiède), et je me suis installé à la table comme si j’allais écrire un traité de philosophie.
J’ai ouvert la page.
Elle était blanche.
Comme ma motivation.

C’est là que Jeanne est arrivée.
Pas en marchant.
Non.
En entrant, comme une psy qui a déjà vu trop de cas désespérés pour être impressionnée par un humain avec un café froid.

Elle s’est plantée derrière moi, a soufflé fort, et m’a regardé par‑dessus l’épaule.
Je jure qu’elle avait l’air de porter des lunettes imaginaires.

« Alors, Michel… encore un To Do List vide ? »
Sa voix intérieure sonnait comme une vache qui a lu Freud mais qui préfère Bourdieu.

Je me suis raclé la gorge.
« J’y réfléchis, Jeanne. Je me prépare mentalement. »

Elle a levé un sourcil bovin.
Un sourcil bovin, Michel.
Je ne savais même pas que c’était possible.

« Mentalement ? Michel… ça fait trois jours que tu prépares mentalement.
Pendant ce temps, ton café refroidit, tes outils disparaissent, et les poules prennent des notes sur toi. »

J’ai regardé autour.
Effectivement, une poule me fixait.
Stylo dans le bec.
Air de stagiaire en observation.

Jeanne a continué :
« Tu procrastines, Michel.
Ou tu médites.
Ou tu procrastines en méditant.
Dans tous les cas, ton To Do List reste aussi vide que la météo normande reste humide. »

Je me suis défendu :
« J’ai coché la case respirer, Jeanne. C’est déjà pas mal. »

Elle a soufflé.
Un souffle long, profond, celui d’une vache qui a tout vu, tout compris, et qui sait que l’humanité n’est pas sortie de l’auberge.

« Michel… respirer, c’est automatique.
Même toi, tu ne peux pas le rater.
Essaie plutôt : faire une chose. Une seule.
N’importe laquelle.
Même ramasser un tournevis.
On commencera par là. »

J’ai regardé le tournevis.
Il m’a regardé.
On a perdu tous les deux.

Jeanne a conclu, en tournant les talons :
« Je repasse cet après‑midi.
Essaie de ne pas perdre le carnet d’ici là.
Ou le café.
Ou toi-même. »

Et elle est sortie, la queue haute, comme une psy satisfaite de sa séance.

Moi, j’ai regardé ma page blanche.
J’ai écrit une ligne :
« Aujourd’hui : survivre à Jeanne. »

C’est déjà un objectif.

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Michel Autef

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour : 09/07/2026