II. L’Île des Lames Noires
La mer fut leur ennemie autant que leur route.
Trois jours durant, les vagues frappèrent la coque comme des poings d’ancêtres furieux. Le vent hurlait, la pluie fouettait les visages, et les hommes ramaient jusqu’à sentir leurs bras brûler.
Mais Leif ne fléchit pas.
Il tenait la barre comme on tient un destin.
Au matin du quatrième jour, le brouillard se déchira comme une voile pourrie.
Une île rocheuse surgit, noire, hérissée de récifs acérés comme des dents de dragon.
Dans une crique étroite, presque invisible, un navire attendait.
Ses voiles rayées de noir claquaient faiblement dans le vent.
C’était lui.
Le navire des traîtres.
Le combat qui suivit ne fut pas une bataille digne des scaldes.
Pas de grandes envolées, pas de gloire chantée.
Seulement la boue, le sel, la sueur, et le fer.
Les boucliers de tilleul se brisaient, les haches mordaient, les cris se mêlaient au fracas des vagues.
Sous la lune pâle, Leif trouva enfin celui qu’il cherchait.
Un homme massif, la barbe tressée, les yeux fous.
— « Le destin est une fileuse aveugle ! » hurla l’homme en levant sa hache.
— « Peut-être… » répondit Leif, « mais mon bras, lui, voit clair. »
Le choc des lames fit taire la nuit.
Le combat fut bref, brutal, sans gloire.
Quand l’homme tomba, la mer sembla retenir son souffle.
Leif ne cria pas victoire.
Il ramassa seulement l’épée de son père, plantée dans le sable humide comme une stèle.