Le Duel du Vide et du Plein
Le Noir :
Je suis le début. Je suis la fin. Avant que tes yeux ne s'ouvrent, j'étais là, immense et souverain. On me dit « nuit », on me dit « mort », comme si c’étaient des insultes. Mais regarde-moi en face ! Je suis le repos éternel, le silence qui achève les agonies. Je suis l’encre qui écrit l’histoire et le linceul qui la recouvre. Tu n’es qu’une brûlure passagère, une erreur dans mon éternité.
Le Blanc :
Une erreur ? Je suis l’étincelle qui déchire ton arrogance ! Je suis l’espoir qui refuse de se taire, la première bouffée d’air du nouveau-né, la lumière qui hurle « Debout ! ». Tu te vantes de ton silence, mais ton silence est un cimetière. Moi, je suis le cri, la sueur, l'effort. Je suis la page vierge où tout est possible, alors que toi, tu n’es que la cendre de ce qui a déjà brûlé.
Le Noir :
Ta page vierge est un mensonge ! Elle éblouit pour mieux aveugler. Tu parles de joie ? Ta joie est une farce qui cache le désespoir. Je suis le réalisme brut. La souffrance, c’est ma couleur, parce que c’est la seule chose qui soit vraie. Quand le rideau tombe, quand le masque craque, c’est vers moi que tout revient. Je suis l’abîme qui ne juge pas, le gouffre où les illusions se noient. Je ne suis pas la mort, je suis la vérité nue.
Le Blanc :
Ta vérité est une prison ! Tu te nourris de la peur, tu te tapis dans les coins sombres pour voler le courage des hommes. Je suis la pureté du sommet enneigé, la force du soleil qui impose sa loi. Oui, je blesse les yeux, parce que la liberté est violente ! Je suis le blanc de l’œil qui défie le destin, la colombe qui traverse l’orage. Tu es le néant, je suis l’existence. Tu es l’absence, je suis la présence absolue !
Le Noir :
Présence ? Tu es une agression ! Tu brûles, tu dessèches, tu révèles les laideurs que je savais si bien protéger. Sans moi, tu n'es rien qu'un vide insupportable. Je suis le mystère, l'élégance du secret, la profondeur des océans. La vie ne naît pas dans ta lumière crue ; elle germe dans mon ventre, dans l’obscurité de la terre, dans le noir de l’utérus. Je suis la matrice, tu n’es que le projecteur.
Le Blanc :
Et sans projecteur, la matrice n’est qu’un tombeau ! Tu veux l’obscurité ? Je t'offrirai l'incandescence. Je suis la foudre, la déflagration, le feu blanc de la forge où l'on bat le fer. Tu ne peux pas m’étouffer, car plus tu es dense, plus ma moindre étincelle te transforme en défaite. Je ne suis pas seulement la vie, je suis l'insurrection contre ta léthargie. Je suis le lever du jour qui massacre tes cauchemars !
Le Noir :
Massacre-moi alors... Mais sache qu'à chaque pas que tu fais, ton ombre grandit derrière toi. C'est moi. Tu ne m'échapperas jamais.
Le Blanc :
Et à chaque fois que tu croiras avoir gagné, je percerai tes ténèbres. Car tant qu'il y aura un souffle, je serai l'incendie.
Ni le Noir ni le Blanc ne triomphent jamais :
c’est leur lutte qui fait exister le monde.
Sans l’ombre, la lumière aveugle.
Sans la lumière, l’ombre dévore.
L’équilibre naît de leur tension, pas de leur victoire.