Crypte des Forces Souterraines
Sous la dorsale muette des jours enfouis,
là où les roches ruminent leurs millénaires,
je chemine dans un dédale de strates fuligineuses,
chargées de fer, de limon, de mémoires non proférées.
Les parois, veinées d’obsidienne,
exhalent une haleine d’argile chaude,
et chaque fissure, en sa lente respiration,
libère un murmure d’ère antédiluvienne.
Je marche dans la pénombre tellurique
comme un arpenteur d’ombres lithosphériques,
scrutant les torsions du sol,
les frémissements des couches profondes,
les oscillations secrètes des plaques en dérive.
Sous mes pas, la terre pulse,
non pas comme un cœur, mais comme un oracle,
un organisme minéral,
un colosse enfoui qui rêve encore
dans la lenteur séculaire de ses convulsions.
Les cavernes s’ouvrent en nef d’outre‑monde,
leurs voûtes constellées de cristaux dormants,
et chaque stalactite, en sa chute immobile,
porte la mémoire d’une pluie disparue.
Je recueille, dans mes paumes de poussière,
les scories d’un temps sans alphabet,
des fragments de nuit pétrifiée,
des éclats de silence basaltiques
qui vibrent encore d’une énergie inentamée.
Plus loin, un souffle abyssal se lève,
un vent d’argile et de soufre,
qui traverse les galeries comme une prophétie muette,
et je sens, dans ses remous,
la présence d’un monde antérieur,
un monde qui n’a jamais eu besoin d’yeux pour voir,
ni de voix pour dire.
Je m’enfonce encore,
dans la matrice tellurienne,
là où les forces primordiales
se tordent en spirales d’ombre,
où les minéraux bruissent comme des prières,
où la terre, en sa lente gestation,
forge des continents dans le secret de ses entrailles.
Et lorsque j’atteins la chambre ultime,
la crypte où sommeille la première lueur,
je découvre une braise d’origine,
un noyau incandescent,
un souffle d’avant le souffle,
qui palpite dans une obscurité totale.
Je tends la main.
La chaleur me traverse.
La pierre me reconnaît.
Et dans ce contact,
je comprends que rien ne meurt,
que tout se transforme,
que la terre, en son obscurité souveraine,
porte encore les traces de ceux qui sont tombés,
et les germes de ceux qui viendront.
Alors je remonte,
lentement,
chargé de cette lumière souterraine,
de cette densité minérale,
de cette vérité enfouie
que seuls les marcheurs des profondeurs
peuvent ramener à la surface.