Dans la cour d’école, à époque…
Il y avait un temps où les matins ne pesaient rien.
Où le monde commençait dans une cour d’école,
avec des billes dans les poches,
des cordes à sauter qui claquaient comme des rires,
et des marelles dessinées à la craie,
fragiles, mais suffisantes pour viser le ciel.
On arrivait en courant,
le cartable trop grand, les joues encore pleines de sommeil,
et déjà les copains étaient là,
comme des repères, comme des évidences.
On échangeait des billes comme des trésors,
des agates, des larmes de verre, des calots trop beaux pour être joués.
On faisait des pactes, des promesses, des alliances,
et tout se réglait à la récré.
La marelle, elle, ne mentait pas.
Elle disait : saute, avance, vise le ciel,
mais n’oublie pas de revenir sur terre.
Et on y croyait.
On sautait sur un pied, on riait, on tombait,
et on recommençait.
Le ballon en mousse passait de mains en mains,
comme un cœur qu’on se lançait sans se blesser.
Il n’y avait pas de compétition,
juste le plaisir de jouer,
de courir,
de faire partie du cercle.
Et puis il y avait les copains.
Ceux qu’on retrouvait tous les matins,
comme si rien ne pouvait changer.
Comme si le monde tiendrait toujours dans cette cour,
entre les arbres, les murs en pierre,
et le bruit des pas qui courent vers la cloche.
Aujourd’hui, cette cour est loin.
Les billes dorment dans une boîte.
La marelle s’est effacée.
Le ballon ne rebondit plus.
Et les copains… certains sont partis,
d’autres sont devenus des adultes pressés,
et quelques-uns, parfois, reviennent dans les rêves.
Mais cette cour, elle est là.
En moi.
Elle ne m’a jamais quitté.
Elle est ce lieu où le monde était simple,
où le temps ne comptait pas,
où l’amitié se disait sans mots.
Et quand la vie devient trop lourde,
je ferme les yeux,
et je retourne là-bas,
juste un instant,
pour respirer.