Michel

Trilogie:

Le bilan de sa vie

Il vient le temps de regarder derrière soi

Le bilan de sa vie


12 mars 2026 par Michel

Le bilan de sa vie

Vieillir, se l’avouer à soi-même et le dire,
Tout haut, non pas pour voir protester les amis,
Mais pour y conformer ses goûts et s’interdire
Ce que la veille encore on se croyait permis.                                                                                    

Avec sincérité, dès que l’aube se lève,
Se bien persuader qu’on est plus vieux d’un jour.
À chaque cheveu blanc se séparer d’un rêve
Et lui dire tout bas un adieu sans retour.                                                                                                  

Aux appétits grossiers, imposer d’âpres jeûnes,
Et nourrir son esprit d’un solide savoir ;
Devenir bon, devenir doux, aimer les jeunes
Comme on aima les fleurs, comme on aima l’espoir.                                                                                         

Se résigner à vivre un peu sur le rivage,
Tandis qu’ils vogueront sur les flots hasardeux,
Craindre d’être importun, sans devenir sauvage,
Se laisser ignorer tout en restant près d’eux.                                                                                    

Vaquer sans bruit aux soins que tout départ réclame,
Prier et faire un peu de bien autour de soi,
Sans négliger son corps, parer surtout son âme,
Chauffant l’un aux tisons, l’autre à l’antique foi,                                                                                                     

Puis un jour s’en aller, sans trop causer d’alarmes,
Discrètement mourir, un peu comme on s’endort,
Pour que les tout petits ne versent pas de larmes
Et qu’ils ne sachent pas ce que c’est que la mort.                                                              

 Et puis, sans s’aigrir, regarder les années
Comme on regarde un champ qu’on a longtemps semé,
Avec ce calme fier de celui qui devine
Que la terre a donné tout ce qu’elle pouvait.

                                                       

Apprendre à savourer les heures plus lentes,
Les matins sans tumulte, les soirs silencieux,
Et sentir dans son corps, parfois lourd, parfois tendre,
Le passage discret de l’invisible Dieu.                                                                      

 

Ne plus courir après les illusions vaines,
Ni vouloir retenir ce qui doit s’en aller,
Mais accueillir en soi, sans colère et sans peine,
Le temps qui nous façonne et nous vient apaiser.                                               

 

S’asseoir plus volontiers, marcher d’un pas plus sage,
Écouter les oiseaux comme on écoute un chant,
Et découvrir enfin, au détour d’un nuage,
Qu’on peut aimer la vie en vieillissant.                                                                       

 

Savoir fermer les yeux sur les fautes anciennes,
Et pardonner au monde ses maladroits élans,
Car vieillir, c’est aussi devenir plus sereine,
Cette voix intérieure qui nous parle doucement.                                                     

 

Et quand viendra le soir, sans fracas, sans vacarme,
On aura tant appris, tant donné, tant reçu,
Qu’on pourra s’en aller sans troubler d’une larme
Ceux qui nous ont aimés, ceux que l’on aura lus
.                                                             

 

Et puis, quand vient le temps de regarder en arrière,
Sans orgueil, sans remords, sans vouloir embellir,
On revoit lentement les chemins de naguère,
Ceux qu’on a pris trop tôt, ceux qu’on n’a pas su dire.                                        

 

On revoit les amours, les gestes qu’on regrette,
Les paroles trop vives, les silences trop lourds,
Les mains qu’on n’a pas prises, les portes qu’on s’apprête
À refermer enfin, sans colère, sans détour.                                                                  

 

On revoit les matins où l’on croyait tout faire,
Les soirs où l’on pensait que rien ne finirait,
Et l’on comprend soudain que la vie, toute entière,
N’est qu’un fil qu’on déroule et qu’on ne rattrape jamais.                                         

 

On revoit les amis perdus dans la tempête,
Les visages aimés que le temps a voilés,
Et l’on sent dans son cœur, comme une douce fête,
Leur présence encore, même s’ils sont éloignés.                                                       

 

On revoit les erreurs, mais elles deviennent sages,
Elles ne mordent plus, elles ne brûlent plus,
Elles sont des compagnons qui marchent à notre âge,
Et qui nous disent bas : « Tu as fait ce que tu as pu. »                                             

 

On revoit les succès, mais ils semblent modestes,
Car ce qu’on croyait grand paraît soudain petit,
Et ce qu’on croyait vain devient ce qui nous reste :
Un sourire donné, un geste, un abri.                                                                                

 

Alors on se surprend à bénir chaque étape,
Même celles qui blessèrent, même celles qui firent peur,
Car vieillir, c’est comprendre, au bout de tant d’échappes,
Que tout ce qu’on a vécu a façonné le cœur.                                                             

 

Et l’on se dit enfin, sans orgueil, sans tristesse,
Qu’on a fait son possible, avec ses mains d’humain,
Qu’on a porté sa part de lumière et de faiblesse,
Et que c’est suffisant pour s’en aller serein.                                                             

 

Et l’on mesure alors, dans un souffle paisible,
Que la vie n’est jamais ce qu’on avait prévu,
Qu’elle fut tour à tour fragile et indocile,
Mais qu’on l’a traversée du mieux qu’on a pu.                                                                

 

On revoit les saisons, leurs promesses tenaces,
Les printemps éclatants, les hivers obstinés,
Et l’on sent que le temps, dans sa lenteur qui passe,
A poli notre cœur comme un galet usé.                                                                         

 

On revoit les maisons où l’on a fait escale,
Les rires partagés, les départs douloureux,
Et l’on comprend enfin que chaque heure est égale,
Qu’il n’est de vrai trésor que ce qu’on donne un peu.                                                  

 

On revoit les enfants, leurs élans, leurs tempêtes,
Leurs questions sans détour, leurs regards étonnés,
Et l’on se dit tout bas, comme une humble conquête,
Qu’on a su les aimer sans trop les façonner.                                                                

 

On revoit les travaux, les jours de peine rude,
Les soirs où l’on rentrait le corps lourd, l’âme en feu,
Et l’on bénit soudain cette rude habitude
Qui nous fit avancer quand on doutait de nous.                                                           

 

On revoit les instants où l’on fut véritable,
Où l’on tendit la main sans rien vouloir en prix,
Et l’on sent que ces gestes, invisibles, durables,
Sont les seuls qui demeurent quand le reste s’enfuit.                                              

 

Alors, dans ce bilan que personne n’exige,
On dépose en secret ce qu’on fut, ce qu’on crut,
Et l’on accepte enfin, sans détour, sans litige,
Que la vie fut la vie, et qu’on l’a vraiment vécue.

Story instagram rappel citation minimaliste 1

Michel Autef

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour :