La Tortue Cabossée et la Pluie
Dans un jardin battu par les vents,
vivait une vieille tortue,
toute cabossée par les années,
par les coups de tondeuse maladroits,
et par les pierres jetées sans méchanceté
mais sans attention.
Elle avançait lentement,
plus lentement encore que les autres,
mais elle avançait toujours.
Un jour de pluie,
alors que tout le monde se cachait,
la tortue sortit la tête de sa carapace
et dit doucement :
« Tant mieux.
La pluie me lave le dos.
Et pendant qu’elle travaille,
moi, je continue. »
Elle se mit alors à arranger les guirlandes du jardin,
à redresser une lumière,
à replacer une décoration,
à faire ce que les rapides ne voient plus,
ce que les pressés oublient,
ce que les forts négligent.
Un merle, étonné, lui demanda :
« Pourquoi s’obstiner, vieille tortue ?
Tu es cabossée, fatiguée, trempée.
Repose-toi donc ! »
La tortue sourit,
un sourire lent, profond,
qui venait de loin.
« Parce que, merle,
ce n’est pas la vitesse qui compte.
C’est d’avancer encore.
Et tant que la pluie me porte,
je fais ma part. »
Le merle hocha la tête,
et comprit que la sagesse
ne court jamais.
Elle marche.
Toujours.
Moralité :
Les cabossés avancent moins vite,
mais ils avancent plus vrai.