Dans le vaste Royaume où l’Image est souveraine,
Où chacun se pare d’un éclat sans peine,
Vivait un jeune avatar, nommé Pixel,
Simple d’apparence, mais d’esprit essentiel.
Point de filtres dorés, point de poses savantes,
Point de ces artifices que la foule invente.
Son code était brut, son allure imparfaite,
Et l’on riait souvent de sa forme discrète.
À peine apparu, les moqueries pleuvaient :
« Ton style est dépassé ! », « Ton profil nous déplaît ! »
« On voit tes pixels, quelle étrange misère ! »
Ainsi parlaient les foules, promptes à juger l’air.
Pixel, pourtant, portait un cœur lumineux,
Un esprit affûté, des récits précieux.
Il rêvait de transmettre, de toucher les esprits,
Mais ses mots se perdaient dans le vacarme du bruit.
Car dans ce monde où l’œil règne en tyran,
Le verbe se noie, et l’âme attend.
Les messages profonds, sans éclat ni couleur,
S’éteignent souvent avant d’atteindre un cœur.
Un jour cependant, dans ce flot d’apparences,
Un vieux Storyteller, maître de la nuance,
Vit passer Pixel, frêle et mal jugé,
Et sentit sous le glitch un éclat négligé.
Il cliqua sans trembler, défiant la rumeur,
Et découvrit alors un trésor de douceur :
Des pensées délicates, une sagesse enfouie,
Une voix singulière que nul n’avait suivie.
Ils parlèrent longtemps, par messages soignés,
De beauté, de langage, de sens oublié.
Le Conteur, attendri, vit sous l’apparence austère
Un ami précieux, un esprit singulier.
Il dit à Pixel :
« Laisse les foules courir
Après l’éclat facile qu’elles croient retenir.
Toi, garde ton verbe, ta lumière discrète :
Ceux qui savent lire verront ta silhouette. »
Pixel, ému, sentit pour la première fois
Qu’un regard attentif peut changer une loi.
Et dans ce monde immense où l’image fait peur,
Il trouva sa place, au creux d’un vrai lecteur.