Michel

Fable mordante : Les Bipèdes et l’Art Perdu d’Être Humain

 

Fable MORDANTE

Fable mordante : Les Bipèdes et l’Art Perdu d’Être Humain


19 mars 2026 par Michel

Mordante

Fable mordante : Les Bipèdes et l’Art Perdu d’Être Humain

Il était une fois, dans un monde pourtant bien fourni en jambes,
une espèce étrange qu’on appelait les bipèdes.

Ils avaient deux pieds, deux mains, une tête,
et tout ce qu’il fallait pour devenir des humains.
Mais voilà :
la plupart s’étaient arrêtés au stade “bipède fonctionnel”,
comme si l’évolution avait dit :
« Bon, on va s’arrêter là, ils feront le reste eux‑mêmes. »
Sauf qu’ils ne firent rien du tout.

Les bipèdes marchaient, oui.
Ils respiraient, oui.
Ils consommaient, énormément.
Mais penser… ah, penser…
c’était devenu une activité optionnelle,
comme les essuie-glaces arrière sur les petites voitures.

Ils passaient leur temps à courir après des choses qu’ils n’avaient pas choisies,
à répéter des phrases qu’ils n’avaient pas comprises,
à défendre des idées qu’ils n’avaient jamais examinées.
Ils vivaient en mode “copier‑coller”,
avec la conviction profonde d’être originaux.

Un jour, Michel — un vrai humain, lui — les observa.
Il les vit s’agiter comme des fanions sous la pluie,
sans axe, sans direction, sans dedans.
Il vit leurs yeux vides,
leurs gestes automatiques,
leurs certitudes préfabriquées.

Alors il dit, avec une tristesse lucide :
« Ils marchent debout, mais ils ne sont pas debout dedans.
Ils ont la forme de l’homme,
mais pas la substance. »

Les bipèdes, bien sûr, ne comprirent pas.
Ils continuèrent à courir,
à s’indigner pour des choses sans importance,
à s’ennuyer dans des vies qu’ils n’avaient pas choisies,
à confondre mouvement et existence.

Mais dans la foule,
un minuscule groupe s’arrêta.
Ils levèrent la tête.
Ils se demandèrent :
« Et si on essayait, nous aussi, d’être des humains ?
Pas juste des silhouettes qui bougent.
Pas juste des consommateurs de temps.
Des humains, vraiment. »

Ceux‑là, Michel les reconnut.
Ils avaient ce petit éclat dans l’œil,
ce signe discret qu’il y avait quelqu’un à l’intérieur.
Pas un programme, pas un réflexe,
mais une présence.

Il les salua.
Parce qu’il savait que l’humanité n’est pas un droit automatique,
ni un titre donné à la naissance.
C’est un travail intérieur,
un choix,
une vigilance,
un courage.

Les bipèdes, eux, continuèrent leur agitation.
Ils n’entendirent rien.
Ils n’apprirent rien.
Ils ne virent rien.

Mais les humains les vrais
continuèrent à marcher autrement :
moins vite,
mais plus profond.

Moralité mordante                                                                                                                                                                                             

Être debout ne suffit pas.
Il faut aussi être habité.

Et ça, tous les bipèdes ne le sont pas.

 

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Michel Autef

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour : 19/03/2026